Société civile au Nord « Ce ne sont pas des militaires qui sont arrivés par opportunisme au pouvoir qui vont nous faire peur »

S’étant vu refuser une autorisation de marcher pour dénoncer l’incapacité du gouvernement à sécuriser le territoire, la coalition de la société civile au Nord a tenu une assemblée générale le samedi 17 septembre 2022 au siège de l’Ecole démocratique et populaire (EDP) . S’adressant à l’assistance, le coordonnateur de la coalition a dénoncé ce refus d’accorder l’autorisation de la marche qu’il qualifie de liberticide  avant de décliner les 11 points constituant la plateforme revendicative minimale.

J’accuse réception de votre correspondance en date du 12 septembre 2022 relative à une marche-meeting prévue pour le samedi 17 septembre 2022 et je vous remercie pour votre démarche. Cependant au regard de l’évolution du contexte sécuritaire, je suis au regret de ne pouvoir autoriser la marche-meeting dans la ville de Ouahigouya .En effet, au-delà de la restriction des manifestations à caractère associatif par son Excellence Monsieur le Président du Faso, les récents évènements dans la région du Nord et particulièrement dans notre commune, nous commande à observer une prudence quant au regroupement d’un nombre important de populations. » Extrait de la réponse que le préfet, président de la délégation spéciale a adressé au coordonnateur de la coalition, Cheik Abdoul Dramane Ouédraogo  en date du 14 septembre 2022. 

Le coordonnateur de la coalition des osc au NORD, CHEIK Abdou Dramane Ouédraogo

Et ce dernier de répliquer « Pour une première étape, nous n’avons pas voulu faire un passage en force  »  sans manquer de déplorer le déploiement des forces de sécurité sur  les différents artères de la ville, le matin du samedi 17 septembre. Il s’est voulu on ne peut  très claire « Nous avons décidé de changer le format de l’activité que nous avions prévu. On tient à le préciser aux uns et aux autres, ce n’est pas par peur. Ces gens ne nous font pas peur .Nous savons que tôt au tard, le combat que nous menons peut nous conduire à la mort. Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout. Ce n’est pas la peur, c’est parce que nous sommes plus responsables que ces gens-là .C ‘est parce que nous sommes plus attachés à notre patrie que ces gens-là, c’est pour cela nous avons décidé que pour une première étape de ne pas faire un passage en force.  Ceux qui connaissent les organisations qui composent cette coalition, savent que ses membres ne sont pas des peureux .Ce sont des organisations qui ont traversé beaucoup de péripéties, qui se sont construites dans la douleur, le sang et la sueur. Ce ne sont pas des militaires qui sont arrivés par opportunisme au pouvoir qui nous font peur » tance fermement  Cheik Abdoul Dramane Ouédraogo.

Le présidium lors de l’Assemblée générale de gauche Ima Charlemagne , le responsable du balai citoyen au Yatenga , au milieu, Cheik Abdoul Dramane Ouédraogo, coordonnateur de la coalition et à droite Tidiane Ouédraogo du mouvement sauvons le Yatenga

Visiblement très remonté, il dira que le déploiement des forces de sécurité pour intimider la coalition n’a nullement entamé la conviction et la détermination de ses membres « Nous devons aller de l’avant, rien ne doit entamer notre courage, notre détermination et surtout notre exigence d’avoir des dirigeants responsables, des patriotes, capables de porter les préoccupations des populations » argumente-t-il.  Plus loin,  il étale  son écœurement face au comportement des dirigeants du pouvoir actuel. « Quand on est un soldat, ta première mission  c’est d’aller au front. Quand un soldat refuse d’aller au front et se retrouve à faire un coup d’état, il n’a aucune leçon à donner à qui que ce soit » s’offusque Cheik Abdoul Dramane Ouédraogo.  Fulmine –t-il, ce régime se moque éperdument des tueries  des forces de défense et de sécurité, des VDP et des nombreuses populations civiles. Il soutient que le MPSR a commencé à dévoiler son agenda caché en piétant les lois judiciaires pour faire  venir impunément un individu  condamné et recherché par la justice, notamment l’ancien  président Blaise Compoaré.

L’interdiction de la marche par les autorités locales a provoqué un mécontentement au sein des membres de la coalition

Appelant les membres de la coalition à continuer la mobilisation dans les quartiers, les villages et les communes pour d’éventuels mots d’ordre il se veut  intransigeant  « S’ils interdisent notre manifestation la prochaine fois, ils vont nous retrouver sur les routes » avertit le président de la coalition

le responsable du Mouvement Sauvons le Yatenga , dénonce la tendance du MPSR a faire de la répression une mode de gouvernance

Appuyant les propos du coordonnateur, le responsable du Mouvement sauvons le Yatenga, Tidiane Ouédraogo  confesse  pour sa part que la non autorisation de la marche par les autorités locales n’est guère une surprise, regrettant que depuis l’arrivée du MPSR, la répression est apparue comme une mode de gouvernance. 

Les représentants de la coalition ont tiré à boulets rouge sur les hommes forts du pouvoir actuel

Analysant le contexte sécuritaire, Cheik Abdoul Drame Ouédraogo dépeint un tableau peu reluisant dans  une région du  Nord à moitié abandonné dans les mains des terroristes. Il a fortement fustigé la légèreté dans la sécurisation de l’Université de Ouahigouya après l’explosion de la mine artisanale  et la non –implication des autorités dans la préparation du dernier convoi de ravitaillement des vivres à Titao.

au regard de la détérioration continue de la situation sécuritaire , les acteurs de l’éducation craignent une multiplication de la fermeture des classes à cette rentrée scolaire

 Au cours de cette assemblée générale, il a été pointé du doigt les difficultés rencontrées dans le secteur de l’éducation dans cette ambiance d’insécurité généralisée dans la région du Nord. Un des responsables du syndicat national des travailleurs de l’éducation de base dans son intervention  a fait ressortir qu’à la date du 03 mai 2022, les statistiques présentent  la fermeture de 1924 salles de classes  dans la région du Nord avec 95794 élèves affectés et 11767 d’entre eux en situation de déplacés interne. C’est dire qu’avec les dernières incursions des groupes armés dans les communes de Namissiguima, Oula, Léba, séguénega, Boussou,  Gourcy et Léba, ces chiffres vont  augmenter considérablement à cette rentrée scolaire.  

Élèves , étudiants , travailleurs , commerçants ont fait front pour inviter les dirigeants du pouvoir à montrer plus de responsabilité dans la gestion de la crise sécuritaire

En attendant de voir une réelle restauration et sauvegarde du territoire , la coalition attend que les nouveaux hommes forts du pays donnent rapidement  suite à ces 11 points de sa plateforme minimale à savoir    le ravitaillement immédiat des localités assiégées par les Groupes Armés Terroristes,  ; le ravitaillement régulier et conséquent des localités assiégées de la région ; l’implication des autorités dans l’organisation des convois pour une baisse des prix de transport et des marchandises ; la libération totale de la RN23 ; la sécurisation de la RN2, la RN10 et la RN15 pour faciliter le trafic et le retour des populations dans leurs localités ; l’assistance humanitaire conséquente aux personnes déplacées internes et les populations assiégées par les Groupes armés terroristes ; la mise en place d’un système pour l’évacuation des malades, surtout des femmes enceintes dans les localités assiégées.

Des vétérans du mouvement syndical au Nord ont pris part à la rencontre

La coalition exige également, l’équipement conséquent des soldats au front ; l’accompagnement et l’équipement conséquent des initiatives locales de sécurité ; le meilleur accompagnement des élèves déplacés internes dans leur scolarisation ; l’ouverture et le ravitaillement régulier des boutiques SONAGESS au profit des populations de la région ;  le départ des troupes étrangères du sol burkinabè.

la coalition des OSC du Nord regroupement des structures traditionnellement rompus à la lutte pour la préservation des droits humains et la liberté d’expression
Le mouvement sauvons le Yatenga , membre actif de la coalition

Au nombre des structures membres de la coalition on peut citer entre autres la coalition contre la vie chère, les syndicats membres du collectif CGTB, le Mouvement sauvons le Yatenga, le Mouvement Burkinabé des droits de l’homme et du peuple(MBDHP) , l’organisation démocratique de la jeunesse (ODJ), l’Association pour la relance culturelle et artistique national(ARCAN) , l’Association nationale des étudiants burkinabé (ANEB) . « Malgré les intimidations, les calomnies et dénigrements,  de nombreuses autres organisations tapent à la porte pour se faire enrôler dans la coalition. Nous allons faire une analyse et donner suite à leurs demandes » confie Cheik Abdoul Dramane Ouédraogo.

Gildas w Salo

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