Thiou au Yatenga : Qui a ordonné aux PDI d’y retourner ?

Ces derniers temps, la polémique s’enfle sur le retour ou non des habitants de Thiou chassés par les groupes armés au cours du premier trimestre de l’année 2022. La campagne de communication qui se mène pour confirmer ou démentir ce retour, cache des vérités et risque d’entacher l’unité et la cohésion sociale dont tout le monde a besoin pour sortir de l’impasse.

Photos illustrant la signature du pacte d’entente entre les différentes communautés à Thiou le 08 novembre 2021

C’est une déclaration du ministre de la réconciliation nationale, Yéro Boly comme quoi des habitants qui avaient quitté Thiou y retournent progressivement qui a suscité la polémique. Relativisant ou contestant les propos du ministre, des ressortissants de cette commune ont envahi le 20 aout 2022,  la cour de Naaba Kiba, roi du Yatenga, pour lui signifier qu’ils ne se reconnaissent pas dans les propos de l’autorité en question. Comme pour attester de la véracité de  l’annonce  du ministre, des reportages ont été commandités pour indiquer que des gens sont effectivement repartis  à Thiou. Ces reportages montrent une ville en timide effervescence  avec   certains lieux de  commerce ouverts et un groupe d’habitants qui se perd en conjecture.  Ce qu’il  faut souligner premièrement,  tout le monde n’avait pas quitté Thiou au moment où les individus armés avaient envahi le chef-lieu de la commune.

Après une relative accalmie observée à Thiou , la situation s’est dégenrée en fin février 2022 engendrant un déplacement massif de la population

À entendre  les informations données par les agents de l’action humanitaire dans les reportages, sur plus  de 3000 personnes déplacées, 1000 sont reparties.  Ceux qui n’ont pas pris leurs jambes au cou  devraient se plier aux injonctions  des nouveaux maitres des lieux. Quelques temps après que le détachement de l’armée et autres forces de défense et de sécurité soient partis avec  armes et bagages, les nouveaux faiseurs de lois ont commencé  à desserrer l’étau, autorisant aux fuyards de revenir ramasser leurs matériels. On pouvait tout prendre sauf les produits alimentaires.  A la suite de négociations, les installations électriques détruites au moment des attaques ont été rétablies. Ce que ceux qui font les témoignages dans les reportages occultent, ce sont les conditions qui leur ont été imposées. En plus de celles  liées à la pratique religieuse, ceux qui ont mis Thiou sous coupe réglée n’ont –t-ils pas interdit toute présence des FDS et des volontaires pour la patrie ?

L’ancien premier adjoint au maire de la commune de Thiou, Adama Ouédraogo (micro) avec un qui a rejoint les membres des groupes armés avant de se raviser pour appeler au dialogue , Djibrilou Diallo qu’il s’appelle

Celui-là qui se montre très virulent dans ses propos, le nommé Adama Ouédraogo ancien premier adjoint  au maire  de la commune qui avait été au centre de la négociation avec les individus armés ayant abouti à la journée de réconciliation tenue le 08 novembre 2021  est bien placé pour dire pourquoi la situation a dégénéré après le pacte d’entente  signé   entre les communautés. Personne ne peut refuser à autrui son droit   de braver des risques pour vivre sous le joug de son bourreau, tout comme on ne peut refuser à l’autre son droit  d’observer une certaine prudence ou de ne pas se  soumettre. Si ceux commis à la sécurisation de la zone n’y vont pas, comment convaincre tout le monde  que Thiou est maintenant sous contrôle. Dans cette histoire où des vies sont en jeu, il faut éviter les déclarations populistes sinon mensongères et présenter les faits tels qu’ils sont  afin d’apporter des solutions durables.  Quand ceux qui ont été  interviewés dans les reportages disent «  On a dit de venir qu’il n’y a pas de problème  », ils ne disent pas qui a dit de revenir ?  .

Pour avoir eu des contacts avec les membres des groupes armés avec qui il avait pu concocter un pacte de non agression , l’ancien maire Adama Ouédraogo doit convaincre sa communauté que ses anciens interlocuteurs sont revenus à la raison que de se complaire dans des propos divisionnistes

Déclarer que  c’est pour profiter  des  aides humanitaires que certains déplacés internes de Thiou ont décidé de rester à Ouahigouya comme se plait à  le répéter  l’ancien premier adjoint au maire de Thiou,  sont des propos divisionnistes risquant d’effriter davantage la cohésion sociale. L’habit de leader qu’il veut porter, lui qui avait entamé  des discussions avec les ‘’hommes de la brousse’’, lui  qui avait pris le risque de prendre la route  Thiou- Koro pour montrer qu’elle est fréquentable doit garder  une attitude de rassembleur. Pour avoir rencontré les « hommes de la brousse » à plusieurs reprises, il doit avoir les arguments pour convaincre sa communauté que les agresseurs sont revenus à la raison que vouloir culpabiliser ceux qui attendent que l’État montre des garanties de sécurité avant leur retour dans leurs localités d’origine .

Pour le cas de Thiou, on a comme l’impression que tant que les populations peuvent s’accommoder aux conditions imposées par les groupes armés, le gouvernement s’en réjouie et boit tranquillement son lait à Ouagadougou

Le gouvernement ne fourvoie –t-il pas ses propres initiatives de dialogue qu’il  a instituées en se donnant à des annonces non conformes avec la réalité sur le terrain ? Pour  avoir vécu une relative accalmie après une rencontre de réconciliation des communautés sanctionnée par des engagements  qui s’est effritée 03 mois après, il faut accorder le droit de prudence aux déplacés internes restés toujours à Ouahigouya .  Quand on veut porter la casquette d’un homme de dialogue, il faut éviter de présenter le caractère d’une personne habitée d’un égo surdimensionné.  Adama Ouédraogo doit travailler à montrer sa bonne foi  dans son rôle de négociateur avec les individus armés que de vouloir justifier des propos aux relents divisionnistes. 

La bonne question est de savoir ce que l’Etat a pris comme mesures et dispositifs pour attester que les ‘’fuyards’’ peuvent repartir tranquillement dans leur bled et jouir de leurs droits de sécurisation et de protection

S’aligner avec le gouvernement et inciter sa communauté à retourner à    Thiou sans le moindre dispositif sécuritaire instauré par l’Etat, c’est la  conduire à l’abattoir. Le problème, ce n’est pas de convaincre  qui a retourné et qui ne l’a fait. La bonne question est de savoir ce que l’Etat a pris comme mesures et dispositifs pour attester que les ‘’fuyards’’ peuvent repartir tranquillement dans leur bled et jouir de leurs  droits de sécurisation et de protection. Pour le  cas de Thiou, on a comme l’impression que tant que  les populations peuvent  s’accommoder aux conditions imposées par les groupes armés, le gouvernement s’en réjouie et boit tranquillement son lait à Ouagadougou .

FASO NORD INFO

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *