Assassinat de l’enseignant Salifou Badini : Les non-dits d’un crime odieux

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On se pose toujours des questions sur les causes de l’horrible assassinat de Salif Badini, l’enseignant du village de Kourfayel à quelques encablures de Djibo, le 3 mars 2017.

 

Certains ont émis des hypothèses s’interrogeant si ce n’est une certaine proximité du défunt avec les forces de défense et de sécurité qui lui a valu les foudres des islamistes radicaux. Dans sa livraison du lundi 13 mars 2017, l’Observateur Paalga dans un article titré « Adieu, cousin » signé de Lévi Constant Konfé révèle  une information digne d’intérêt. Il rapporte que Salif Badini aurait eu entre temps de petites frictions dans ses relations avec certains habitants du village où il enseignait. Ces derniers voyaient d’un mauvais œil la présence d’un des enseignants dans le village parce qu’il ne pratiquait pas leur religion. Directeur de l’école qu’il est, Badini a tenté de résoudre  ce différent en s’invitant à la mosquée du village pour cracher ses vérités. Il aurait fait comprendre à ses interlocuteurs que son adjoint incriminé est venu pour une mission qui est celle d’enseigner les élèves et qu’il n’y avait pas d’amalgames à faire avec sa pratique religieuse. Voilà une information qui apporte de l’eau au moulin de ceux qui pensent que les islamistes radicaux qui s’adonnent aux tueries barbares partagent la même natte avec la population de la localité. La thèse indiquant que les malfaiteurs commettent leur forfait pour après disparaître dans le désert malien sans laisser de traces ne tient pas trop la route. Est-ce possible que des individus le plus souvent sur deux ou une moto viennent régulièrement s’adonner à leurs sales besognes aux alentours de la capitale du Soum et disparaitre aussi facilement ? Si cette mise au point entre le défunt et cette partie de la population est avérée, il faut donc admettre que les fauteurs de trouble ne viennent pas d’ailleurs, ils vivent dans les villages de la localité et sortent par à coup, pour commettre leur crime. C’est impensable que des individus quittent le Mali pour venir s’offrir une telle promenade dans des villages du Burkina afin d’exiger l’instruction des élèves en arabe.  Si on en arrive à vouloir expulser un enseignant parce qu’il n’est pas pratiquant d’une religion, n’est-ce pas les mêmes qui circulent dans les écoles pour exiger l’usage de l’arabe dans l’enseignement. Comment comprendre que des individus parcourent des Kilomètres pour venir attenter à la vie d’un individu à quelques encablures de Titao sans laisser la moindre trace. C’est dire que les habitants de la localité ne sont pas uniquement habités par la peur de dénoncer les tueurs par crainte de se voir régler leur compte, il y a une forte complicité.  Dans cette atmosphère, il sera difficile pour les forces de défense et de sécurité de récolter les renseignements afin de circonscrire les attaques dans cette communauté, où au lieu de dénoncer les fautifs, on leur sert gîtes et couverts. Ceux qui jouent ce double jeu savent-ils qu’ils sont en train de se tirer une balle dans le pied. Quand il n’y aura pas d’enseignants ou des supposés indicateurs à tuer, ce sont leurs complices qui ne voudront pas outrepasser certaines limites dans la pratique religieuse qui seront pris à partie. Quand on compose avec le diable, il faut s’attendre à payer le prix de la compromission un jour.  Relativisons nos critiques acerbes envers l’Etat et nos forces armées parce que le manque de franchise des habitants de la zone complique le combat contre ces ennemis de la paix. La preuve, le prêcheur radical Malam Dicko revendiquant les attaques dans le Nord du Burkina a belle et ben habité dans la ville de Djibo sans manquer de se faire le plaisir de marier la fille d’un Iman avant de disparaître et revenir lancer ses velléités séparatrices de la zone. Cessons de faire de la lutte contre les attaques   dhijadistes une affaire des hommes en tenue, la collaboration et la franchise de l’ensemble des communautés sont très déterminantes.

 

Faso- Nord .info

 

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