Attaques armées à Thiou au Yatenga : Mossis, Peuls, Dogons scellent le retour de la paix

Le palais du chef peulh de Thiou a  abrité le dimanche 07  novembre 2021 une assemblée générale qui a regroupé les membres des communautés peulh, mossi et dogons. Au cours de   cette rencontre  il a été prêché l’union, la cohabitation pacifique, la cohésion sociale    pour contrer les attaques meurtrières.

Bannir la stigmatisation, aplanir les incompréhensions,  resserrer les liens, prôner la cohabitation pacifique, tourner la page des attaques meurtrières, instaurer la culture du dialogue et  la concertation permanente, ce sont les messages forts prononcés au cours de cette assemblée générale par les différents intervenants. Contre vents et marées, les communautés vivant à Thiou ont décidé de renouer le fil du dialogue  afin de faire  cesser   le crépitement des armes,  les tueries, les destructions des biens et  les déplacements permanents des populations.

Pour le maire de la commune Ghassimi Diallo, il faut une meilleure implication  des populations locales dans cette lutte contre les attaques armées. Mieux, leur permettre d’entreprendre des actions selon les réalités de chaque localité. Il n’est pas d’avis  qu’on reste figé   sur le choix de vaincre le terrorisme par les armes   . Argumente –t-il,   cette assemblée générale sonne comme la seconde renaissance de la commune de Thiou car les  communautés qui se regardaient en chiens de faïence depuis 2018 à cause des attaques meurtrières ont réussi à renouer le fil du dialogue   afin de vivre en parfaite harmonie. 

                                                                   Aboutissement d’un processus.

 Ce conciliabule  selon le maire est le résultat d’un long parcours entamé depuis un certain temps. Il laisse entendre que la démarche adoptée par sa commune ne faisait pas l’unanimité, mais  les messages  livrés au cours de cette AG  viennent témoigner que Thiou n’a pas eu tort.

 S’affichant comme ambassadeur de la paix,  Zoukanaini Konkombo   a  joué un rôle majeur  dans la conduite  de ce processus pour avoir travaillé à  rapprocher    ceux qui ont pris les armes et les victimes des attaques. Lui et Maikailou Diallo se sont connus en prison, suspectés d’avoir des accointances avec les individus armés. Libérés, Les deux ont gardé le contact.

Leur complicité  a permis de mettre en place le réseau  qui a facilité la négociation. Après une première rencontre entre Mikailou Diallo,  le premier adjoint au maire et des personnes ressources, suivra une autre  en pleine brousse entre  environ des centaines d’individus armés  et  des représentants des victimes. Les deux parties prendront  des engagements et au fil du temps la confiance s’est renouée.

La preuve,  indique le 1er adjoint au maire Adama Ouédraogo,   depuis que  le processus du dialogue a été entamé, il n’y a plus eu d’attaques dans la zone de Thiou.  Ce sont ceux qui ont rejoint la brousse  rappelle l’élu local  qui nous ont suggéré  la reprise du trafic sur l’axe Ouahigouya-Koro, la ville malienne.

                                             Reprise du trafic sur la route Ouahigouya-Koro                      

« Quand l’annonce a été faite, personne ne voulait s’y hasarder. J’ai été obligé de faire un aller –retour, accompagné du chef des volontaires de la zone de Thiou. Bravant   les invectives des forces de l’ordre, nous   avons effectué le voyage sans problème. Depuis lors, la route est fortement fréquentée  par les gros camions, les cars de transport sans qu’on entende la moindre agression » commente Adama. Il  ne cache pas  sa  colère contre ceux qui prônent le refus de négocier avec les détenteurs des armes. Ils estiment que c’est parce que ces derniers ne vivent pas dans les zones attaquées ou  parce qu’ils savent où aller qu’ils adoptent cette position.

Pour lui, il faut mettre   les communautés à la base en première ligne dans la recherche des solutions pour mettre fin à la crise sécuritaire. « Il peut arriver que les  petits gens qu’on sous-estime aient leurs mots à dire dans certaines situations grâce à la  connaissance du milieu. Pour guérir un mal, il faut essayer toutes les recettes » déclare la tête de file de la négociation à Thiou.    

                                                                                Suspicions et calomnies

Chaque localité a ses réalités se convainc-t-il et il faut y vivre  pour savoir où commencer, qui toucher, qui  impliquer  pour apaiser les tensions. Il raconte  que dans la conduite de ce processus de négociation, il a été calomnié, vilipendé, traiter de tous les noms d’oiseaux mais ce qui lui préoccupait, c’est le retour de la paix, parce comme beaucoup d’autres habitants de la localité, il n’a pas autre endroit pour se réfugier.

L’ambassadeur de la paix, Zoukanaini konkombo embouche la même trompette. « Les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui résultent d’incompréhensions, de frustrations et il faut que nous transcendions nos égos pour se parler. En discutant,   on peut comprendre les maux qui nous divisent et y remédier. Continuer à se pourchasser, c’est contribuer à grossir  les rancœurs et on continuera de s’entre-tuer » commente-t-il avant de faire comprendre que les grandes guerres mondiales ont trouvé solution autour des tables de négociations et dans le dialogue.

                                                            La stigmatisation nourrit la radicalisation

Le représentant des individus armés partagent aussi le même avis.  Il confie que si  le phénomène de l’insécurité et des attaques ont  pris de l’ampleur, c’est en grande partie à cause de la stigmatisation, des abus, des injustices. Il confesse que lui-même a été obligé  de rejoindre les combattants à cause d’une situation d’injustice. Il admet que sur un coup de tête, un individu peut être amené à emprunter un mauvais chemin. Par la suite il peut vouloir se ressaisir  mais si on ne lui donne pas le choix, il commettra le pire. 

Mikailou  Diallo clame que ce n’est pas de gaieté de cœur que certains sont en brousse. « Ce n’est pas facile de quitter chez soi  pour vivre en brousse, mais si  c’est pour revenir et se faire tuer, poursuit-t-il ça devient la lutte pour la survie » .  Il conseille vivement d’activer les mécanismes endogènes de dialogue partout où il y a les attaques. Djibrilou Diallo est catégorique, le combat avec les armes participent  à la radicalisation des positions dans  chaque camp.

                                                                      Améliorer la gouvernance  

 Le 1er adjoint au maire revient à la charge pour souligner que chacun a part une part de responsabilité dans cette situation. Il s’enrage contre les partisans de la stigmatisation, la corruption, le manque de considération des citadins à l’endroit de ceux qui vivent en milieu rural, l’inégale répartition des richesses.  Adama Ouédraogo invite le gouvernement et les dirigeants au plus haut niveau à travailler à consolider la justice sociale, la bonne répartition des  richesses, la meilleure représentativité des élus et des acteurs politiques, la  prise en compte et la bonne écoute des préoccupations des populations à la base.

Preuve que ce processus de négociation été une affaire des leaders communautaires à la base, l’iman de Thiou de la communauté dogon a pris la parole pour attester qu’il a bel et bien pris part à toutes les étapes du processus. Il a  fondu en larmes en citant un du groupe qui a contribué à rapprocher les peuls des autres communautés  par  le biais de la parenté à plaisanterie. Malheureusement ce dernier   a perdu la vie sans voir l’aboutissement du processus.

                                                           Que d’autres localités s’en inspirent                            

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Pour le chef –Peulh de Thiou, le territoire dont il est le garant de la tradition a une longue tradition de vivre ensemble et il faut travailler à revaloriser cette valeur. D’où toute son adhésion et ses bénédictions à cette assemblée générale. Il a invité l’ensemble de la population particulièrement les jeunes  à se départir des comportements déviants  et de la stigmatisation. Les maitres- mots à Thiou,  conseille le chef  doivent être  la cohabitation pacifique, la cohésion sociale, le meilleur vivre ensemble.  

Il a souhaité que cette entente scellée entre les différentes communautés, inspirent les habitants d’autres  localités sur le territoire burkinabé  et ailleurs.  Il faut souligner que la fin des attaques annoncées à Thiou concerne la commune de Kain qui avait des représentants à cette assemblée générale. Plusieurs fois victimes  d’attaques.

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 La commune de Tangaye a aussi emboité le pas. Son maire Issa Yampa qui était à la rencontre a fait comprendre que les deux communes vivent les mêmes réalités. C’est pourquoi la même démarche a été enclenchée  chez lui  pour permettre une vie paisible à la population.

                                                 Écoute et appui conseil d’un ancien ministre  

 Saluant l’heureux aboutissement de la négociation à Thiou, Zoukanaini konkombo a traduit sa reconnaissance à l’ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants Shériff Moumina Sy pour son sens de l’écoute et l’appui- conseil qu’il a apporté pour faciliter leurs taches.

A entendre  l’ambassadeur de la paix,  des réseaux ont été  activés   pour conduire  la même démarche  dans plusieurs localités en proie aux attaques. « C’est une mission difficile et périlleuse  parce que ceux qui sont contre cette option font du sabotage. Il peut arriver que les discussions avancent pour tendre vers des accords et un fait peut venir tout remettre en cause » regrette-t-il. Affichant un optimisme sans faille, il réaffirme son engagement à convaincre les sceptiques  que dans la situation dans laquelle le pays est plongé présentement, le dialogue avec les agresseurs   peut aboutir à des résultats qui arrangent chaque camp.  

Faso nord info

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