Construction en matériaux locaux : L’entreprise Burkinabè « Geo-béton » magnifiée au Bénin.   

Présentant une architecture agréable, régulant la température, moins coûteux, durable, la construction en matériaux locaux présente des avantages certains pour les pays du sahel, comme le nôtre où le soleil dicte sa loi.  Depuis plus d’une vingtaine d’années, Souleymane Ouédraogo, patron de l’entreprise Géo-béton et techniques appropriées, connu sous le sobriquet de Solo « GTA  »  développe la technique de construction à l’aide de  matériaux locaux (latérite compressée avec un mélange d’une faible dose de ciment  comme stabilisant).  Il a fait ses preuves au Burkina Faso, au Niger et depuis trois ans, il étale son savoir-faire au Bénin.

 

 

 

Dans le domaine de la construction, notre compatriote Souleymane Ouédraogo, après le Burkina Faso et le Niger, a posé depuis trois ans, ses valises de béton au Benin, où il s’active avec brio à la construction d’infrastructures à partir des matériaux locaux. A son actif dans ce pays, trois grandes réalisations : le grand marché international de Malanville à la frontière Bénin-Niger, un grand magasin multifonctionnel pour le stockage, le warrantage  et la vente de céréales dans la  commune de Sinendé , et le grand marché à bétail à Kalalé à la frontière du Nigéria. Toutes ces infrastructures marchandes ont été bâties à l’aide du géo-béton, une des spécialités de Souleymane Ouédraogo. Dans divers milieux, son travail ne manque pas de séduire ! Et ils sont nombreux les partenaires, les acteurs dans le domaine du bâtiment, les populations et les autorités locales des communes béninoises bénéficiaires de ces infrastructures, qui ne tarissent pas d’éloges à l’endroit de Solo GTA. Pour mémoire, la réalisation de ces bâtiments  entre dans le cadre de la mise en œuvre du Programme de développement des infrastructures économiques (P-DIEM) au Bénin, financé par la Confédération suisse, sous la conduite du bureau de la coopération suisse dans ce pays voisin du Burkina Faso.

Au Benin, Solo GTA ne se contente pas seulement de la construction des infrastructures ; il assure également de la formation sur le tas, dans le sens de familiariser bien de Béninois à sa technique. C’est ainsi qu’il a assuré la formation de 250 artisans locaux (maçons, menuisiers, coffreurs, plombiers, ferrailleurs) sur l’élévation et la mise en œuvre de blocs de terre comprimée (BTC). il  a conduit également la formation de 89 acteurs des BTP sur le modèle de construction des blocs de terre comprimée, le contrôle et le suivi des chantiers de construction en matériaux locaux. Ce transfert du savoir, Souleymane Ouédraogo, le Burkinabè spécialiste en construction avec le géo-béton dit en être fier ; fier surtout de la confiance placée par les autorités béninoises à l’usage des matériaux locaux pour la réalisation des infrastructures. Il salue aussi la clairvoyance de la coopération suisse pour son accompagnement à la valorisation des ressources locales par l’utilisation des matériaux locaux. Avant le Benin, Solo GTA a monnayé son talent au Niger  de 2003 à 2008, à travers la construction du gigantesque centre culturel de l’Alliance française à Agadez, sur financement de la coopération française. C’est le déclenchement de la rébellion touareg dans cette ville où il a échappé au kidnapping de sa voiture qui l’a fait rentrer au pays natal.

               Le géo-béton, économique et solide  

« Nul n’est prophète chez soi » entend- t- on dire, mais Souleymane Ouédraogo  s’est révélé au grand public de son pays le Burkina Faso, à travers la construction du grand marché de Ouahigouya en 1994-1997. D’un coût d’environ 1milliard 31 millions de FCFA, ce marché réalisé en blocs de terre comprimée comprend 1600 boutiques de dimensions diverses. C’est Souleymane Ouédraogo  et son entreprise GTA qui ont  produit les 1.800.000 blocs de terre comprimée(BTC) nécessaires pour la construction et formé tous les ouvriers qui y ont travaillé. L’investissement, à l’époque, a vu le jour grâce à la coopération suisse, dans le cadre du Programme de développement des villes moyennes au Burkina Faso.  La coopération suisse a été le bras financier de cette initiative il est vrai, mais une personnalité influente du pouvoir à l’époque,Salifou Diallo a cru au projet et l’a fortement soutenu. Il a été incontestablement   le facilitateur de sa mise en œuvre à Ouahigouya.

La valorisation des compétences et du patrimoine local

« La construction avec les matériaux locaux participent à la valorisation des compétences et du patrimoine local et au développement économique », argumente Souleymane Ouédraogo. En disant cela, il brandit une étude de la coopération suisse relevant que la construction du grand-marché a permis  la création d’environ 600 emplois directs et subsidiaires, soit 200 par étapes et la formation de plusieurs entreprises locales dans la production et la mise en œuvre du géo-béton. Sur la question de l’efficacité et la durabilité des matériaux locaux,Souleymane Ouédraogo rappelle cette anecdote : « quelqu’un m’a demandé au moment de la construction du grand-marché de Ouahigouya si avec ces matériaux, le marché pourra tenir ? Je lui ai rappelé que beaucoup d’entre nous, âgés de la cinquantaine sont nés sous des bâtiments construits en banco, toujours sur pieds. Si les maisons des quartiers Bobossin, Bangré et Monsin et autres servent toujours d’habitations à plusieurs générations de familles, il n’y a pas de doute sur la durabilité du géo-béton, produit avec plus de technicité ». Les briques en géo-béton, précise  Souleymane Ouédraogo, sont produites avec de la terre latéritique, et un mélange de ciment, le tout compressé dans une presse manuelle. Un sac de ciment suffit pour la fabrication de 100 briques de géo-béton.

                                        Consommons alors local

« Les matériaux locaux notamment, la latérite comprimée, emmagasinent moins de chaleur que le parpaing et le béton. Les murs et les toits en terre garantissent de la fraicheur à la maison », indique le spécialiste burkinabè, pour ne pas dire l’artiste du Géo-béton.  Selon lui, « un bâtiment construit en géo-béton selon les normes a une durée de vie de 50 ans.  En dehors des retouches, il faut attendre un demi-siècle avant  pour passer  à  une quelconque  réhabilitation. C’est la règle normale pour toute infrastructure, même celle construite en matériaux dits classiques, uniquement avec du ciment. Mais pour des infrastructures de grande envergure comme le grand marché, le délai de réhabilitions doit être rapproché ». Souleymane Ouédraogo dit alors regretter que le marché de Ouahigouya ne soit pas réhabilité 20 ans après sa réalisation. Tout ouvrage (terre, béton, fer ou bitume) non entretenu prévient-il, se dégrade et réduit sa durée de vie.

De Technicien en génie civil, il a d’abord été professeur d’enseignement technique 

Si la valorisation des compétences et du patrimoine local, leur vulgarisation reste toujours en déça  des attentes. Souleymane Ouédraogo félicite le Benin qui a fait preuve de volonté politique en la matière par l’adoption d’une loi en 2006, imposant aux maîtres d’ouvrages l’usage d’au moins 25% de matériaux locaux dans les projets de construction. Il se réjouit aussi de la  bonne approche des nouvelles autorités du Burkina Faso au sujet de la valorisation des ressources locales. L’actuel président de l’Assemblée nationale s’affiche à nouveau comme le précurseur du « consommer local ». « Pour la construction de la nouvelle Assemblée nationale, SalifouDiallo  préconisait une utilisation de 50% de matériaux locaux », s’exclame Solo GTA.

Souleymane Ouédraogo n’a pas acquis son savoir-faire dans le tas. Technicien en génie civil, il a d’abord été professeur d’enseignement technique à Fada N’Gourma avant sa spécialisation dans le domaine des matériaux locaux à Lomé au Togo. Il croit dur comme fer que « l’accès au logement pour le plus grand nombre de Burkinabè passe forcément par la construction en matériaux locaux ». Il  invite  par conséquent   le gouvernement à saisir l’opportunité de l’opération de construction des logements sociaux pour vulgariser cette technique. Convaincu de sa chose, Souleymane Ouédraogo entend mobiliser ses camarades autour de l’Association des promoteurs des matériaux locaux de construction (PROMALOC) dont il assure les commandes, pour faire bouger les lignes. Dans le contexte sahélien, il prêche pour l’adoption d’une architecture climatique en harmonie avec les réalités environnementales.

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