Edouard Junior N’déye, directeur de la délégation EDUCO /Burkina-Niger « Notre budget pour nos activités en 2020 tourne autour de 4 milliards de FCFA »

 

 

ONG globale de coopération pour le développement et agissant en faveur des enfants et pour la protection de leurs droits, spécialement le droit à une éducation de qualité, EDUCO intervient dans la province du Yatenga depuis 2004. Elle s’est élargie à d’autres régions ces dernières années  notamment le Centre-Nord et le Sahel où elle conduit des projets sur la cohésion sociale et le renforcement du droit à la promotion sociale et à l’Etat civil. A la suite de la création  de son bureau de coordination à Ouagoudougou en 2016,  EDUCO  annonce son implantation au Niger en 2020. Dans l’interview qui suit, le directeur de la délégation EDUCO Burkina-Niger, Edouard Junior N’déye dresse le bilan des activités menées en 2019 et les perspectives. Il explique aussi les raisons qui guident l’intervention de EDUCO au Niger

 

 

 

 

 

Quel bilan  la fondation EDUCO tire de ces activités  de l’année 2019 ?

Nous pouvons dire que nous avons presque bouclé la totalité de nos activités  en 2019. Ce qui constitue pour nous un motif de satisfaction dans ce contexte où l’accessibilité à certaines zones a été problématique  sur une partie de la région du Nord. L’état d’exécution des activités est satisfaisant tant sur le plan de l’éducation, la protection de l’enfance, le projet de cohésion sociale qu’au niveau des partenaires avec qui nous travaillons sur le terrain. Nous avons de quoi nous en réjouir car ce n’était pas évident.

Sur le volet éducation, nous avons bouclé la construction de 4 écoles sur 5 prévues. Pour la 5éme  école, nous avons eu des soucis avec un entrepreneur qui n’a pas respecté les délais et nous sommes en phase de résiliation du contrat avec ce dernier au profit d’un autre qui travaillera à nous offrir l’infrastructure afin qu’on la   mette au profit des premiers bénéficiaires qui sont les enfants. C’est au niveau de la dotation des vivres que nous avons été confrontés au départ à de petits soucis. Avec la fluctuation constatée  dans les écoles, il fallait faire le point pour se faire une idée des écoles ouvertes et fermées. C’est après cet état des lieux que nous avons commencé à dérouler la répartition des vivres dans les écoles fonctionnelles  avec tout le matériel pédagogique à savoir les compendiums et autres. A Ouahigouya, Séguénega, Oula, Namissiguima, les activités se déroulent normalement contrairement à Koumbri et Barga où l’accessibilité pose problème à cause de l’insécurité.

 

Agriculture,  santé , Etat civil 

Qu’en est-t-il de votre intervention dans le secteur de la santé et de l’agriculture ?

Dans le secteur de la santé, nous poursuivons nos activités classiques d’appui aux districts sanitaires de Ouahigouya, de Thiou, et de Séguénega. Notre intervention dans le secteur de la santé faut –il le notifier se renforce avec le projet que nous développons avec l’accompagnement de l’Union Européenne sur le volet de la maîtrise démographique. Ce projet dénommé PRODEC accompagne les Centres de santé et de promotion sociale (CSPS) sur les questions de planning familial, la santé sexuelle et reproductive. Nous le déroulons tranquillement dans les  régions du nord, du centre-Nord et du sahel.

Quant   à notre accompagnement dans le secteur de l’agriculture, je puisse dire que 2019 est notre meilleure année en terme de résultats. Dans le processus de la protection de l’enfance, nous estimons que si les ménages parviennent à se prendre en charge et à s’occuper de leurs besoins, cela impactera la protection de l’enfance, dans ce sens que chaque ménage aura les moyens pour prendre en charge  ses enfants. C’est pourquoi nous accompagnons les communautés locales  dans la production. Nous avons accompagné l’aménagement et l’exploitation  d’un périmètre rizicole cette année dans la commune de Oula précisément dans le village de Bougouré qui a donné un bon taux de rendement. C’est un motif de satisfaction pour nous en ce sens que ceux qui ne croyaient pas qu’on pouvait produire du riz sur ces sols seront obligés de changer d’avis au regard des résultats à Bougouré.

Je tiens à préciser que ce bon  rendement  est le fruit  d’un encadrement de proximité que la direction provinciale  de l’agriculture a brillamment  conduit  .J’ai rarement vu un encadrement aussi efficace. C’est vous dire qu’avec un encadrement sérieux et un appui technique conséquent,il y a la possibilité de booster la production de plusieurs variétés sur nos sols. Il est utile de préciser que l’accompagnement de EDUCO porte sur des champs collectifs, communautaires et non des champs privés ou individuels. Avant d’intervenir, nous nous assurons que la surface cultivable appartient réellement à la communauté, c’est-à-dire qu’il faut une délibération ou des documents qui attestent que l’espace est dédiée exclusivement à la communauté. Cette démarche nous amène à mettre du temps  avant le début des phases aménagement  et production, mais cela nous évite certains problèmes de retrait des terrains par leurs propriétaires au moment les activités ont été mises en forme. A Séguénega également, nous avons accompagné un périmètre rizicole où le résultat est appréciable.

Le contexte sécuritaire, un frein au déroulement des activités dans certaines localités  

Vous avez évoqué les problèmes d’accessibilité à Koumbri et à Barga, est-ce à dire que vos activités ont été suspendues dans ces deux localités ?

Nous sommes une ONG qui prône  le développement à la base. Cela nous oblige d’être permanemment  en contact avec les partenaires et les bénéficiaires. S’il arrive que nous ayons des difficultés à les rejoindre, nous sommes obligés de changer notre stratégie d’intervention. Dans ces localités, nous developpons ce qu’on appelle l’action humanitaire c’est-à-dire qu’au regard du contexte sécuritaire, nous orientons nos interventions sur les réalités que les populations vivent sans parti pris et sans distinction. Nous agissons dans la neutralité. Nous avons réadapté l’approche de nos interventions  dans ces zones tout en espérant que la situation ne tardera pas à revenir à la normale.

Comment appréciez-vous votre collaboration avec l’Etat, ses structures déconcentrées et les autres partenaires ?

Il faut dire que nous avons reçu un agrément de l’Etat Burkinabé pour mener nos activités et ce document confère une légalité à notre intervention. Etant toujours en possession de cet agrément, cela veut dire que notre collaboration avec l’Etat est au beau fixe.Notre approche est orientée sur l’approche droits des enfants et nous travaillons à accompagner la vision et les efforts que l’Etat développe dans ce sens. Nous avons une excellente relation avec le ministère de l’éducation nationale avec lequel nous travaillons en étroite collaboration. Nous implémentons nos projets sur le terrain avec la complicité de ce ministère. Nous avons également des protocoles de partenariat avec des structures au niveau déconcentré à savoir les directions provinciales de l’éducation, de l’agriculture, de la santé et de la protection sociale. Nous avons également  des protocoles de partenariats avec les communes où  nous intervenons. Dans le secteur de l’éducation par exemple,la construction des 4 des 5 écoles évoquées sont au bénéfice de villages de la commune de Séguénega. De la contractualisation, au suivi jusqu’à la livraison, la collectivité de Séguénega a été impliquée. Il est vrai que certaines communes sont déstructurées à cause de la situation sécuritaire mais nous continuons à collaborer  avec elles.

Qu’elle est l’évolution de la situation des droits de l’enfant sur lesquels EDUCO a fondé son approche au Burkina depuis 2004 ?

 Généralement comme je l’ai signifié, à Bruxelles tout  récemment,  quand la même question m’a été posée,   je rappelle  que nous venons de célébrer  les 30 ans de la convention internationale sur les droits de l’enfant . La question que les gens  continuent de se poser, c’est qu’est ce qui a changé ? Beaucoup de choses ont bougé dirais-je ! Il y a que la communauté internationale a sorti un instrument juridique auquel les états dont le Burkina Faso ont adhéré pour rendre contraignant le respect des droits de l’enfant. Cela à concouru à l’élaboration de plusieurs instruments consacrant  la prise de lois et  d’un certain nombre de dispositifs pour faciliter le travail des acteurs sur le terrain. Je dirai que la question de l’évolution de la protection de l’enfance est tributaire   à la marche de la société. L’idéal est difficile à atteindre, c’est pourquoi le travail doit se faire continuellement. Il faut travailler à s’entendre sur le respect de certains standards. Il faut s’accorder sur un minimum de bases et de principes à respecter. Personnellement je pense qu’au Burkina et particulièrement dans notre zone d’intervention nous tendons vers le respect d’un certain nombre de standards qu’il faut renforcer. Accepter qu’un combat comme celui que nous menons n’est  jamais gagné d’avance. Il faut  asseoir un mécanisme de  veille permanente.

Vous verrez que les réalités ont changé dans certaines localités et il faut une réadaptation  pour prendre en compte les nouveaux défis qui se présentent. Avec cette situation d’insécurité,  les droits des enfants sont confrontés à d’autres réalités qui gagneraient à être prises en compte. Il est connu de tous que dans toutes les sociétés, quand une situation malheureuse se présente, tout le monde veille sur l’enfant.  D’une manière générale   nous devons reconsidérer, notre approche sur les droits de l’enfant en prenant en compte les valeurs prônées par nos cultures et aussi en veillant à ce  que l’Etat respecte ses obligations. EDUCO, je le réaffirme, travaille en partenariat avec l’Etat pour la promotion et la consolidation des droits de l’enfant en imprimant sa marche lentement et surement. Sur le terrain, les choses bougent dans le bon sens.

Qu’est-ce que Educo  gagne en installant un bureau de représentation à Ouagadougou ?

Il faut rappeler que la fondation EDUCO a été implantée en 2004 dans la province du Yatenga, précisément à Ouahigouya .Nous avons commencé en  tant   qu’une ONG de parrainage d’enfants  en fondant notre action sur une approche de proximité. C’est cette approche que nous continuons de développer  afin que nos activités impactent sur les bénéficiaires. Par la suite , nous avons jugé nécessaire   de nous ouvrir à d’autres localités et d’initier d’autres activités en lien avec les droits de l’enfant .Une  ONG internationale n’a pas pour vocation de prendre la place des organisations locales que je félicite en passant pour l’excellent travail qu’elles abattent  sur le terrain . Ma conviction est qu’une organisation internationale doit s’élargir et accompagner les organisations locales. Pour cela, elle doit être présente dans les sphères de décision pour orienter, influencer, aider à la prise de décision et à la définition de politiques dynamiques et réalistes. Récemment nous étions à Bruxelles au cœur de l’Union Européenne pour discuter, nous faire entendre, partager nos expériences, nous positionner. En tant qu’organisation internationale, nous devons être à mesure de nouer des partenariats aux niveaux national et international. C’est pourquoi en 2016, nous avons ouvert notre bureau à Ouagadougou qui avait une mission de représentation.Ouverte avec 3 personnes au départ, nous sommes 20 personnes aujourd’hui travaillant à la coordination de Ouagadougou. Dans l’organigramme, il y a la direction, la coordination des programmes, les experts thématiques pour les projets qui ont une envergure plurirégionale. C’est pour nous important de créer ce pool à Ouagadougou pour permettre et faciliter l’atteinte de nos objectifs, par la même occasion, donner plus d’envergure à notre vision, notre approche.

Le Yatenga où nous avons commencé reste et restera toujours notre base. Par la suite, EDUCO s’est élargie à d’autres provinces de la région du Nord  pour après s’installer dans d’autres régions à savoir le centre-Nord et le sahel. Nous continuerons sur cette lancée et elle se consolidera avec l’ouverture de notre bureau en janvier 2020 au Niger. La délégation du Burkina Faso s’appelle désormais délégation Burkina-Niger. Cette démarche correspond à notre stratégie d’intervention.  Vous me demanderez certainement,  pourquoi s’installer au Niger ? J’anticipe pour vous faire remarquer que le Burkina, le Mali et le Niger forment le même espace, partagent les mêmes réalités, vivent les mêmes problèmes liés à l’éducation, à la protection de l’enfance, à la gouvernance et à l’insécurité. Pour une approche plus cohérente, il est important pour nous d’agir dans ce triangle à travers une approche humanitaire.

Vous constatez que nous nous installons progressivement. De 5 communes au départ au Yatenga, nous sommes présentement dans 3 régions et ensuite au Niger. Il est important de préciser que nous allons intervenir  à Ouagadougou  en zones périphériques. Nous avons  conduit une étude sur les droits de l’Enfant dans ces zones et  sur la base des résultats de cette étude, nous mettrons en œuvre des projets avec des partenaires locaux que nous identifierons dans un futur proche.

Quel est le montant du budget qui sera consacré à vos activités en 2020 ?

Notre budget pour nos activités en 2020 tourne autour de 4 milliards de F CFA. Ce budget est acquis, mais  nous poursuivrons la mobilisation des ressources pour consolider notre plan-pays. Il faut rappeler que nous entamons la deuxième année de la mise en œuvre de 3  de nos grands projets en même temps que nous nous  nous préparons  pour nous installer  au Niger. Le challenge est donc grand .Nous avons aussi un pied dans  la boucle du Mouhoun avec des partenaires. 2020 sera une année où notre action sera beaucoup centrée sur l’humanitaire. Nous allons implémenter une démanche d’éducation en situation d’insécurité. Ce contexte sécuritaire nous oblige à une réadaptation sur le terrain avec une touche d’ouverture pour la mise en œuvre de nos activités à une échelle plus étendue. Cette volonté de s’élargir se constate à travers notre budget qui de 650 millions en 2016 passe à 4 milliards  en 2020. Cette évolution indique clairement que nous sommes une organisation dynamique. Nous nous déterminons comme une organisation qui compte dans la région du Nord du Burkina Faso avec une logistique qui nous permet de travailler en étroite collaboration avec nos partenaires et nos bénéficiaires. 2020 sera une année où nous allons continuer de déployer nos activités d’accompagnement des communautés avec une dose de résilience face à la situation sécuritaire.

Je ne terminerai pas cet entretien sans rendre hommage aux hommes et aux femmes qui forment EDUCO au Burkina Faso. Nous avons beaucoup progressé en l’espace de quelques années et cette dynamique est  à mettre à l’actif de l’ensemble des travailleurs. A EDUCO, nous ne  nous déterminons pas  comme des salariés, mais des militants des droits de l’enfant. Pour être à EDUCO, il faut mettre l’enfant au cœur de toutes  les activités.

 

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