Lutte contre l’extrémisme violent dans le Sahel : la résistance civile au centre d’un atelier de formation des leaders communautaires.

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Le Cabinet Recherches et Actions en Afrique (CR2A) a convié une vingtaine de leaders communautaires et responsables associatifs de la région du Sahel à un atelier de formation sur la prévention de l’extrémisme violent, la radicalisation et le terrorisme (TER.  La formation a été organisée en partenariat avec le Centre International sur les Conflits Non Violents (ICNC). L’atelier de Dori est le troisième du genre après ceux de Ouagadougou et Ouahigouya qui se sont tenus respectivement en février et mars 2019.

Le sahel burkinabè : une région en proie aux attaques terroristes

C’est Dori , chef-lieu de la région du Sahel qui a abrité la formation de trois jours sur la prévention de l’extrémisme violent, la radicalisation et le terrorisme à travers la résistance civile et les actions non-violentes.  Les participant-es au nombre de vingt-trois (23) étaient issu-es de la société civile, la chefferie coutumière et religieuse, du conseil régional de la jeunesse et la coordination départementale des femmes. L’Atelier avait pour but d’outiller les leaders communautaires et associatifs afin de leur permettre de sensibiliser la jeunesse pour qu’elle se détourne de l’extrémisme violent, de la radicalisation et du terrorisme. Pour ce faire, ils ont échangé avec les formateurs  du Cabinet CR2A sur les méthodes, approches, actions, tactiques et stratégies de la résistance civile et des actions non-violentes.

La résistance civile : un rempart à l’extrémisme violent et à la radicalisation des jeunes

Tout le long de la formation, les participants ont été édifiés sur la résistance civile et les mouvements non-violents comme alternative à la rhétorique islamique, à la violence et à l’intolérance. Ils ont suivi et débattu de l’expérience des peuples sud-africains, égyptiens, tunisiens, soudanais et algériens dans leur quête de liberté et de justice. La résistance civile se définit comme étant un ensemble d’actions visant des changements qualitatifs sur le plan politique, social et économique. La résistance civile repose sur des actions non-violentes, pacifiques, populaires et planifiées. La résistance civile est menée par des gens ordinaires qui sont déterminés à lutter contre les régimes oppressifs. Ils disposent de plusieurs méthodes et actions de lutte comme les marches, les grèves, les sit-in, les boycottes et tant d’autres forme de lutte.Pour être efficace, la résistance civile doit être organisée, planifiée, structurée, coordonnée.  Une résistance civile, citoyenne et pacifique a pour but de dénoncer les injustices, les abus et oppressions. 

‘’ Pour vaincre le terrorisme, ce n’est pas la guerre qu’il faut construire mais la justice ’’

Pour les participants, la résistance civile est un moyen de pression que les populations peuvent utiliser pour revendiquer leurs droits et de meilleures conditions de vie. Pour eux, la résistance peut être utilisé pour contrer l’extrémisme violent, la radicalisation et le terrorisme. Cependant, dans le contexte du Burkina Faso, il est indispensable d’identifier les facteurs qui divisent et les facteurs qui rassemblent les burkinabè entre eux. Face à l’extrémisme violent, l’union fait la force alors que la désunion affaiblit les communautés. Ainsi donc, ils ont tout d’abord identifié les facteurs qui expliquent selon eux la radicalisation des jeunes dans la région du Sahel parmi lesquels, on peut citer entre autres : la pauvreté et le chômage, la marginalisation et la stigmatisation des communautés, les conflits inter-communautaires et interconfessionnels, la perte des valeurs traditionnelles, la méconnaissance de la religion, l’influence des réseaux sociaux et l’injustice sociale.

L’absence de perspectives socio-économiques

L’analyse de ces facteurs fait apparaître, et les formateurs l’ont précisé, deux éléments essentiels : les facteurs internes et les facteurs externes. Les facteurs internes sont liés à l’individu (à son parcours et à ses motivations personnelles). Les facteurs internes, c’est ce qui attire l’individu vers la radicalisation. C’est le cas par exemple de la victimisation à la suite d’une humiliation, discrimination ou d’un rejet, de l’influence des réseaux sociaux, la mauvaise interprétation de la religion islamique et de l’idéologie politique. Quant aux facteurs externes, ils sont liés à la situation structurelle et conjoncturelle dans laquelle se produit la radicalisation de l’individu c’est à dire les facteurs qui le poussent vers la radicalisation. C’est le cas de l’absence de perspectives socio-économiques (chômage, pauvreté), de la marginalisation et de la stigmatisation des communautés, la mauvaise gestion des conflits inter-communautaires ou inter-religieux et de la mal gouvernance.

La plupart des participant-es ont fustigé l’absence de l’Etat, la mauvaise gouvernance et l’injustice dans le Sahel comme étant l’une des principales causes de l’extrémisme violent et la radicalisation des jeunes. A ce propos, le philosophe Jean Marie Muller soutient que pour vaincre le terrorisme ce n’est pas la guerre qu’il faut construire mais la justice. La guerre contre le terrorisme ne peut se gagner sur le terrain purement militaire. Il faut traiter les racines sociales du phénomène sans perdre de vue ses dimensions religieuses et sécuritaires. Les acteurs sociaux sont interpellés et chacun doit pouvoir jouer son rôle. Il est ressorti des discussions entre les participant-es et les facilitateurs que les leaders communautaires et associatifs ont la lourde responsabilité de sensibiliser et d’éduquer les jeunes à la non-violence afin de les préserver du péril extrémiste. Les jeunes qui sont recrutés par les groupes armés terroristes sont sans repères et seront perdus pour toujours si rien n’est fait pour les récupérer. Eduquer la jeunesse à la non-violence est un impératif car la violence n’est rien d’autre que la négation des valeurs humanitaires.

Cerner les enjeux de l’extrémisme violent en vue de prévenir efficacement la radicalisation des jeunes

Les attaques récurrentes dans la région du Sahel sont le fait des groupes armés terroristes, des bandits armés et des criminels qui essaiment toute la région. La jeunesse est la plus grande composante de cette horde radicalisée. Le contexte sécuritaire dans le Sahel est très préoccupant car l’ennemi est invisible, sans visage et omniprésent dans tous les hameaux. Il a infiltré toute la population et dispose d’un réseau savamment organisé qui lui permet pour l’instant de semer le désordre dans tout le sahel.

Les groupes armés terroristes opèrent en toute impunité, procèdent à des enlèvements, assassinats ciblés, viols, pillages etc. Les populations fuient en masse certaines localités pour échapper à la furie des hommes sans loi et sans foi. Les terroristes cherchent à travers ces exactions à : créer la psychose généralisée, instaurer un climat de peur, semer la désolation, frapper les opinions nationales et/ou internationales, déstabiliser l’Etat en sapant les bases de son fondement, se venger des humiliations/frustrations/injustices, vivre de la contrebande, du trafic des armes et des stupéfiants. La résistance civile n’est pas inactive ou passive. Ce n’est pas non plus une opposition frontale aux groupes armés. En tant que populations civiles, et ne disposant pas de la force légale, il n’est pas conseillé d’opposer une résistance armée aux groupes terroristes. Il s’agit plutôt organisée d’encadrer les jeunes pour les amener à cerner les enjeux de l’extrémisme violent et du terrorisme.  Il faut les aider à décoder le discours et l’idéologie des terroristes. L’extrémisme violent mène à la radicalisation qui elle-même mène à la radicalisation et au terrorisme. Le terrorisme est une voie sans issue pour les jeunes qui s’y aventurent.

Le rôle des leaders communautaires et des religieux  dans la protection des jeunes contre l’enrôlement  

Les leaders communautaires, les leaders religieux et coutumiers doivent tout mettre en œuvre pour protéger les jeunes contre l’enrôlement et l’endoctrinement de la jeunesse. Ils doivent activer tous les mécanismes de règlement pacifique des conflits en vue de renforcer la cohésion sociale et le vivre ensemble. Ils peuvent s’inspirer des méthodes non violentes dans leur approche de la résistance face à l’extrémisme violent et à la radicalisation des jeunes. Beaucoup de participant-es ont estimé au cours de l’atelier qu’il serait illusoire de croire que nous pouvons dans le contexte du Burkina Faso vaincre le terrorisme par la guerre. La violence engendrela violence et il serait bon de construire dans la durée une culture de la paix pour empêcher les jeunes de se radicaliser et essayer de récupérer ceux qui se sont radicalisés à travers des actions de dé-radicalisation. Une telle approche affaiblirait le terrorisme et constituerait une meilleure résistance à l’extrémisme violent et à la radicalisation. Pour s’en convaincre les formateurs ont montré que l’efficacité de la lutte non-violente est deux fois plus susceptible de mener ses auteurs à leur but que l’action armée. La résistance civile, d’après les études, réussissent dans 53% des cas contre 26% aux luttes et actions violentes.

La meilleure réponse aux actes terroristes passe par une résistance civile collective, par la cohésion sociale, par le vivre ensemble

La meilleure réponse aux actes terroristes, explique Serge Perrin, passe par une résistance civile collective, par la cohésion sociale, par le vivre ensemble. Ces valeurs, quoique mises à rude épreuve au Burkina Faso, doivent survivre au terrorisme. Les participant-es ont unanimement reconnu la pertinence du thème de la formation et souhaité qu’elle soit étendue aux leaders communautaires des provinces du Soum et du Yagha. Ils ont remercié le Cabinet CR2A et ICNC pour le choix de la région du Sahel pour bénéficier des actions du projet de prévention de l’extrémisme violent, de la radicalisation et du terrorisme. Ils ont salué le courage des formateurs, qui en dépit des risques liés au contexte sécuritaire, n’ont pas hésité à faire le déplacement de Dori pour les former.

Correspondance particulière

Yves Boukari Traoré  / Moussa Ouédraogo

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