Lynchage pour allégation de sorcellerie : Il est temps de durcir le ton

Il ne passe un mois sans qu’on  évoque une histoire de sorcellerie qui se solde généralement par des pendaisons, des bannissements, des lynchages, des incendies de domiciles etc. Pour peu qu’on enregistre un décès dans des circonstances troublantes que s’érige des parangons de la vertu qui trouvent  un coupable tout désigné. Les personnes en âges avancés sont généralement les cibles.

Ce dimanche 7 février 2021, on a encore assisté à  un spectacle désolant  au secteur 3 de Yako. Des individus se sont mis à pourchasser une vieille dame d’une soixantaine d’année  comme un lièvre, l’accusant  de vouloir attenter à la vie d’un enfant. Pris de malaise,  l’enfant est tombé et a perdu connaissance.  Ces justiciers qui se croient être dans les secrets de Dieu  ont décidé d’en découdre avec la vieille dame. Il a fallu que la police intervienne  pour sauver l’incriminée des mains de ces individus qui se donnent le droit de décider du sort de leurs semblables.

Allégations récurrentes

Les allégations de sorcellerie sont récurrentes et ceux qui se prennent pour des judicieux s’adonnent à leur sport favori de désigner des  coupables pour leur   jeter en pâture et à la risée de la communauté   . On le sait bien, les allégations pour fait de sorcellerie tombé sous le coup de l’exclusion sociale et des violences faites aux femmes. Le gouvernement burkinabé a adopté de nombreuses lois dans le sens de protéger  les victimes de ce phénomène sociale. En termes de loi, il  y a l ’article 514-1 de la loi stipulant que  : « L’accusation de pratique de sorcellerie est toute imputation, à une ou plusieurs personnes, de faits d’ordre magique, abstrait, imaginaire, surnaturel ou paranormal qui ne peut être matériellement ou scientifiquement prouvée et qui est de nature à porter atteinte à l’honneur, à la réputation, à la sécurité ou à la vie de celles-ci». L’élément matériel de l’infraction se caractérise par tout fait, tout acte qualifié de charlatanisme, d’occultisme, par des rites ou propos, discours et cris tendant à accuser autrui d’un ou de plusieurs faits d’ordre surnaturel ou paranormal, qui ne peuvent être matériellement ou scientifiquement prouvés ………….. ».

Emprisonnements et amendes contre les fautifs

L’Article 514-2 précise  les contours sur les complices de l’infraction d’accusation de pratique de sorcellerie. C’est-à-dire  « ceux qui ont procuré tout moyen ou instrument ayant servi à détecter prétendument une personne comme pratiquant de la sorcellerie ; ceux qui ont, avec connaissance, aidé ou assisté l’auteur ou les auteurs de l’action dans les faits, qui l’ont préparée, facilitée ou consommée ; ceux qui, ayant eu connaissance de pratiques occultes visant à détecter prétendument des personnes pratiquant la sorcellerie n’auront pas informé les autorités administratives ou judiciaires ; ceux qui ont recélé des personnes présumées auteurs ou coauteurs de l’infraction et  ceux qui ont fourni des supports aux écrits et propos accusant une ou plusieurs personnes de pratique de sorcellerie ».

L’article 514-3 stipule que : « Est puni d’une peine d’emprisonnement de un an à cinq ans et d’une amende de deux cent cinquante mille (250 000) à un million (1 000 000) de francs CFA, toute personne reconnue coupable ou complice d’accusation de pratique de sorcellerie ». Selon cette disposition juridique, « la peine d’emprisonnement est de trois à cinq ans dans les cas où l’accusation de sorcellerie a donné lieu à ; l’exclusion sociale de la victime ; des coups, blessures et voies de fait sur la victime et des dégradations de biens mobiliers et immobiliers ». Elle poursuit en indiquant qu’« en cas de décès de la victime, l’infraction est punie d’une peine d’emprisonnement de cinq ans à dix ans et d’une amende de deux cent cinquante mille (250 000) à deux millions cinq cent (2 500 000) francs ».

Loi CNT plus sévère

L’article 46 de la loi n° 061-2015/CNT du 06 septembre 2015 portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes et des filles et prise en charge des victimes se veut encore  plus sévère. « En cas de décès de la personne âgée des suites d’exclusion sociale par allégation de sorcellerie, de maltraitance, ou d’abandon et/ou d’exclusion sociale, les peines encourues sont de dix ans à vingt ans d’emprisonnement et d’une amende de trois millions (3 000 000) à dix millions (10 000000) de francs CFA ».

Appliquer la loi dans toute sa rigueur

 Malgré cette panoplie de lois, l’allégation pour fait de sorcellerie a la peau dure particulièrement dans la province du Passoré.  La justice, les mouvements des droits humains, les services de l’action sociale, empêtrés dans le piège de la tradition et de la modernité ne sont pas en mesure de dissuader ceux qui continuent de perpétuer honteusement certaines croyances rétrogrades. Il est temps d’asseoir un cadre de débat sérieux autour de ce phénomène social. Si une pratique  comme l’excision, logée au rang  des pratiques rétrogrades, de  problème de santé publique et de violations de droits humains  conduit en prison, il se doit que ceux qui se jouent les juges pour l’allégation  de sorcellerie subissent eux aussi la rigueur de la loi.  

Faso-nord .info

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