Mariages forcés et précoces dans la région du Nord : Ces filles qu’on arrache de l’école pour le foyer

Le phénomène du mariage forcé/ précoce a toujours la peau dure  dans la région du Nord du Burkina. Malgré les différentes formes de sensibilisation, de jeunes filles scolarisées subissent toujours cette pratique qui brime la Femme. Leurs parents arrêtent leur cursus scolaire pour leur donner en mariage.  Récit sur quelques victimes que nous avons rencontrées à Ouahigouya .  

 

Cette orpheline de père de 14 ans et très ambitieuse a pour l’instant échapper au mariage forcé cette année scolaire 2017-2018. Rien n’indique que ses bourreaux ne vont pas tenter un plan B .

Le regard perdu,la mine impassible, visiblement tenaillée par l’angoisse, cette fille Pendho Dicko , c’est son nom, que nous avons rencontré le 6 juillet 2017 vivait   la menace de voir la fin de son cursus scolaire alors qu’elle venait de décrocher son Certificat d’études primaires . Née en 2004,orpheline de père, celle qui a vu sa mère se remarier à une personne dans la province du Soum,habitait   chez son oncle dans un hameau de culture dans la commune de Oula.  Au cours de l’année scolaire 2016-2017,  son père adoptif  a jugé bon de lui trouver un époux dans la grande famille comme le veux la tradition.  Celui à qui elle était destinée  est l’enfant du petit- frère de son défunt papa. Informé, le directeur de l’école a joué des pieds et des mains pour empêcher cette forfaiture.  Il prendra contact avec la radio, la voix du paysan conduisant une  campagne de communication et de sensibilisation de masse sur les mariages forcés et précoces  lancée en 2016  avec l’appui financier de l’UNICEF. C’est d’ailleurs le club d’écoute composé de jeunes, installé dans le cadre de cette campagne, qui a informé le  directeur d’école de la situation malheureuse   de Pendho Dicko . La Voix du paysan et l’UNICEF réagissent rapidement en se déportant sur les lieux. La mission a usé de stratégies  pour convaincre le père à surseoir à sa décision de marier la pauvre Pendho .  La stratégie a bien fonctionné .Même si le vieux ne semble pas avoir renoncé définitivement à son projet, il a repoussé son exécution pour cette année scolaire 2017- 2018. L’UNICEF s’est engagée à accorder une bourse  pour la suite des études  au secondaire  à celle qu’elle   venait de sauver. Aux dernières nouvelles, Pendho Dicko est  logée chez une de ses anciennes maitresses dans la ville de Ouahigouya  et  fréquente, le lycée Yamwaya. Si pour l’instant la petite orpheline très ambitieuse poursuit son rêve  de devenir «  enseignante », comme elle nous le confiait ce 7 juillet 2017 devant son oncle, Elle pourrait réaliser son rêve à condition que son tuteur ne revienne pas sur cette histoire de mariage pendant les vacances. Pour l’instant, c’est la radio la voix du Paysan qui assure la prise en charge de la fillette en attendant une solution définitive. Espérons que pour l’année à venir l’UNICEF s’en chargera afin de permettre à l’élève de rejoindre un établissement scolaire doté d’internat.Elle n’est pas la seule à avoir vécu ce fait de société.

Elève en classe de 4e l’année dernière au CEG de Tougo dans la province du Zondoma ,AguèrraSawadogo a vécu un temps de vacance très agité. 2éme de sa classe et âgée de 16 ans, son père avait décidé de lui mettre la corde au coup pendant les vacances passées. Ne partageant pas la décision de son père et voulant continuer ses études, Aguèrra a quitté le domicile paternel. Elle se retrouvera à Ouahigouya à environ 80 km de  son village où elle a été accueillie par l’Association des jeunes pour le bien- être familial (AJBFBF) .

Aguérra n’a pas voulu arrêter son cursus scolaire en si bon chemin pour être épouses en si bon chemin. Elle n’est qu’un exemple parmi des dizaines de scolaires à vivre cette tradition

Cette association s’est engagée à lui porter secours. Pour en rajouter à la torture morale et psychologique de la jeune élève, accusée d’être sa complice, sa mère  a été rabrouée du foyer conjugal par son père.  Suite à de multiples démarches, l’Association a fini par présenter publiquement le cas de Aguèrra lors de la cérémonie de la célébration de la journée internationale de la jeune fille le 11 octobre 2017. Un cadre qui a regroupé des acteurs du monde de l’éducation, de l’action sociale, des ONG luttant pour la promotion de la femme  et des autorités administratives,coutumières et religieuses. Consternées  par le témoignage de l’élève, sur place, les autorités coutumières ont décidé de s’impliquer dans la recherche de solutions  pour lui sauver. Actuellement, il nous revient que Aguèrra Sawadogo a été inscrite en classe de 3e  au collège Wendlamita de Ouahigouya où elle bosse dur pour l’obtention de son brevet d’études du premier cycle .

42 cas d’âge compris entre 13 à 16 ans dans la province du Yatenga de 2015 à 2017 

Dans la province du Yatenga, elles sont nombreuses , ces filles de 14 à 16 ans qui subissent silencieusement cette pratique qui conduit parfois situations dramatiques

Ces deux exemples sont loin d’être isolés dans la région tout comme dans la province du Yatenga. Des chiffres fournis lors d’une conférence de presse dans le cadre de la « campagne de communication pour le changement des normes sociales sur l’abandon du mariage des enfants et les déperditions scolaires dans la région du Nord » précisent l’ampleur du phénomène  dans cette partie du pays.  Ces chiffres provenant de la direction provinciale de la Femme et de la famille et de la Solidarité nationale, ressortent 27 cas de mariages précoces en 2013, 45 cas en 2014 et 25 cas en 2015. Sur les 25 cas détectés en 2015, 10 cas concernent des élèves,  4 du primaire et 6 du post- primaire. Sur le plan national, une enquête menée par l’UNICEF en 2015 présente un taux de 1, 4%  de mariages d’enfants de 10-14 ans dont 2,4% de filles et 0,7% de garçons. Au niveau de la tranche d’âge de 14-18 ans, on enregistre 13, 5 % de victimes notamment 24, 7% de filles et 4, 4% de garçons.  Dans la province du Yatenga , on dénombre 41 cas de 2015 à 2017  selon les données des services de l’action sociale . Il faut souligner que la plus part sont arrachées de l’école alors qu’elles ont de réelles ambitions comme indiquent ces deux filles  . Pire ,certaines filles sont victimes de cette pratique dès  les classes du cours moyen deuxième année . Ces taux attestent si besoin en est qu’on doit encore redoubler d’efforts dans la lutte contre le mariage forcé et précoce.  L’Etat et ses partenaires que sont les ONG et associations sont interpellés. C’est dans cet élan, l’ONG Amnesty  International Burkina  a pris son bâton pèlerin dans la province du Yatenga .

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