Prix Nobel Alternatif 2018 : Le Guerrier du désert Yacouba Zaï demande l’accompagnent des autorités burkinabè pour mieux vulgariser sa philosophie

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L’actualité du développement que nous aimons couvrir dans la commune de Ouahigouya reste dominée cette semaine, par le Prix Nobel Alternatif 2018 décroché par l’homme considéré à tort ou à raison comme le « fou » qui a réussi son pari de jouer pleinement sa partition pour stopper l’avancée du désert au Yatenga. Ce mercredi 26 septembre 2018, nous sommes allés à la rencontre du grand lauréat, Yacouba Savadogo, plus connu sous le nom affectif de Yacouba Zaï par allusion à cette méthode qu’il a vulgarisée depuis une quarantaine d’années. C’est au bord justement de sa forêt réalisée pour la protection de l’environnement qu’il nous a reçu pour parler du prix et de l’historique de ce patrimoine dénommé Bangre Raaga de Gourga.

 

Saidou Zoromé (SZ)  : La nouvelle de votre distinction est tombée lundi dernier depuis la Suède, comment avez-vous accueilli ce prix ?

Yacouba Savadogo (YS) : On m’avait remis un document pour me signifier que l’on va promouvoir et valoriser le travail que je fais en faveur de la protection de l’environnement. Chaque année, une personne de bonne volonté en Europe m’aide à former d’autres acteurs paysans, notamment les adultes dans les techniques de restauration des sols et de préservation de l’environnement. Cette formation est axée sur la protection des arbres, des herbes, du couvert végétal et partant de la protection de l’environnement. Tout a commencé par cela jusqu’à ma distinction aujourd’hui.

SZ : Que représente pour vous ce prix ?

YS: Tout ce que je veux et souhaite vivement, c’est que les uns et les autres s’engagent et contribuent pour la protection de cette forêt. Je souhaite aussi disposer d’une école de formation dans la forêt afin que nous puissions enseigner aux autres, ce que nous faisons. Si cette forêt est protégée, elle peut être profitable à tout le monde entier. Tel est surtout le souhait qui me préoccupe. Je peux dire qu’à travers la distinction faite à ma modeste personne, c’est une grande satisfaction pour tous les paysans.

C’est un honneur pour tous ceux qui font le travail de la terre. La forêt que j’ai réalisée servira d’école pour partager les expériences, les connaissances, les conseils et les appuis techniques nécessaires. Si ces genres d’opportunités existent, je suis convaincu que les paysans vont sortir de l’ornière, de l’humiliation et des souffrances.

SZ : Comment en êtes-vous arrivé à initier les techniques de restauration du sol comme le zaï et les cordons pierreux depuis une quarantaine d’années ?

YS : C’est suite à la désertification qui avançait à grands pas que j’ai eu l’idée de recourir à ces méthodes de restauration du couvert végétal. Il y avait la sécheresse et il ne pleuvait pas. Il y avait la faim, la famine et les animaux mouraient. C’était déplorable, c’est pour cela que nous avons eu l’idée de nous engager dans la protection de l’environnement. Parce que je suis convaincu que si l’environnement est protégé, cela contribuera à résoudre beaucoup de problèmes et à relever de nombreux défis. C’est pour cela que je me suis engagé dans la protection du couvert végétal.

 

SZ : Comment êtes-vous parvenu à transformer le sol aride en terrain fertile, en une forêt ?

YS: Effectivement, au début, c’était un terrain nu et personne ne s’y intéressait. Personne n’osait même s’y arrêter pour travailler dans l’espoir d’avoir de bonnes récoltes pour se nourrir. Mais moi j’ai exploité les lieux et travaillé au point d’avoir de très bonnes récoltes. J’avais même 4 greniers de 8 tôles qui étaient remplis de mil avec lequel j’arrivais à nourrir ma famille et toute personne nécessiteuse qui me faisait la demande. Aujourd’hui, nous restons convaincus que la protection de l’environnement est très bénéfique. Si nous ne protégeons pas l’environnement, ce sera difficile de mettre fin à nos souffrances.

 

SZ : Vous avez été traité de « fou » au moment de la réalisation de la forêt, quel souvenir gardez-vous de ces propos ?

YS : Rires. Ceux qui disaient que le travail que j’ai commencé à faire relève de la folie, ou était celui d’un fou, étaient très nombreux. Une fois au cours d’une rencontre, on a même dit que quelqu’un qui fait ce genre de travail est comme une personne qui s’est pendue. J’ai entendu tout cela venant de gens qui le disaient ouvertement. Mais après quand mon travail commençait à donner de bons résultats, ces gens sont venus me dire que c’est vrai que c’est moi qui ai planté l’arbre, mais que ceux sont eux qui allaient manger les fruits. Je leur ai rétorqué que j’accepte qu’ils mangent les fruits de l’arbre que j’ai planté. De nos jours, j’ai compris que c’est Dieu qui aide toujours et que toute aide vient de Dieu. Je me suis confié à Dieu car si Dieu t’aide, tes amis aussi vont t’aider.

SZ : Quelles sont les espèces de plantes dans votre forêt qui peuvent aider à soigner des malades ?

YS : Il y a plus de 90 espèces de plantes qui se trouvent dans cette forêt. Toutes les espèces qui sont en voie de disparition, je fais tout pour les sauvegarder à travers de nouveaux plants. Je fais tout pour sauvegarder ces différentes espèces utilisées pour soigner aussi des malades car si elles disparaissent, certaines maladies n’ont pas de médicaments pour leurs soins. Nous avons commencé à utiliser les plantes pour soigner des malades il y a de cela une soixantaine d’années. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de plantes qui peuvent être utilisées pour soigner des malades.

SZ : Comment les méthodes culturales que vous avez développées comme le zaï peuvent-elles contribuer à assurer l’autosuffisance alimentaire ?

YS: Concernant le zaï, je voulais lancer un appel pour que le Burkina Faso tout entier avec à sa tête, les autorités puissent accompagner la promotion et la vulgarisation de cette méthode culturale. Je demande aux autorités du pays de me donner l’autorisation de contribuer à faire vulgariser le zaï car c’est Dieu qui m’a donné ce don. Si les autorités me donnent l’autorisation de vulgariser le zaï à travers des conseils, des formations et des suivis sur le terrain, même malgré le fait que je suis vieux, je pense qu’il y aura l’autosuffisance alimentaire dans tout le pays. Personne n’achètera encore du mil pour nourrir sa famille, cela est claire et vrai. Si l’on me donne l’autorisation pour que je puisse organiser des séances de formations même si c’est une fois par an partout là où j’irai dans le pays, il y aura l’autosuffisance alimentaire au Burkina Faso jusqu’à l’éternité et j’en suis profondément convaincu.

SZ : Qu’est-ce qui est fait assurer la relève de votre action de protection de l’environnement ?

YS: Je peux dire que la relève est assurée parce qu’il y a un de mes fils qui est allé se faire former de façon parallèle, à l’école national des eaux et forêts. Comme lui il est là avec ses connaissances et protège la forêt, je pense que les autres vont l’accompagner pour que l’œuvre se pérennise.

SZ : Quelles sont les difficultés que rencontrez-vous toujours dans la protection de votre forêt ?

YS: Les difficultés ne manquent pas et elles existent parce que la forêt que vous voyez, les gens continuent de couper ses arbres. Les gens se cachent pour venir couper les arbres au niveau de la forêt. Nous Je souhaite que l’on nous vienne en aide pour protéger la forêt à travers le financement pour le recrutement de vigiles (gardiens) qui pourront protéger la forêt afin qu’elle se pérennise.

Au niveau des documents (papiers), il y a aussi toujours un problème. Je n’ai pas toujours des papiers nécessaires qui garantissent la protection de la forêt, je souhaite que l’on m’aide aussi à ce niveau. Vivement que le gouvernement nous aide à avoir tous les papiers nécessaires qui contribueront à une meilleure protection de la forêt.

Propos recueillis par Saïdou Zoromé pour Faso-nord.info 

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