« Quand on se trompe à un moment donné, il faut l’accepter et travailler pour la cohésion et le pardon  » Jacob Ouédraogo, ambassadeur du Burkina au Sénégal

Administrateur civil de formation, ancien Haut Commissaire, ancien gouverneur, ancien député, il est actuellement l’ambassadeur du Burkina en république du Sénégal. Jacob Ouédrago, puisque c’est de lui qu’il s’agit  était  de passage dans sa ville natale, Ouahigouya, région du nord lors de la fête de Pâques 2019. Administrateur  chevronné, celui qui a revêtu de nos jours les habits de diplomate se bat inlassablement  pour  faire  rayonner l’image du pays des hommes intègres au pays de la Teranga  mais aussi  au Cap vert, en Gambie, en Guinée équatoriale et en Mauritanie. Nous avons échangé avec lui  ce lundi 22 avril 2019 à Ouahigouya  sur la vision de sa mission au Sénégal,   la vie   des nos compatriotes dans ce pays, les journées culturelles  du Burkina tenues au pays de Maky Sall  tout dernièrement  . Sans langue de bois, il a aussi donné son opinion sur l’actualité politique nationale.  Lisez plutôt.

 

 

 

 

 

 

 

Faso-nord.info : Excellence, vous êtes au four et au moulin pour  la tenue du Traité d’Amitié et de Coopération Burkina-Sénégal , quels sont les grands axes de ce traité  

   

Jacob Ouédraogo ( J O)  : Je voulais une fois de plus remercier vos lecteurs  et vous féliciter, vous médias de la région du nord qui travaillez nuit et jour  pour sensibiliser, informer, éduquer les populations de cette  région . Je conduis la mission diplomatique du Burkina au Sénégal mais aussi au  Cap Vert , en  Mauritanie, en  Gambie et aussi  en Guinée équatoriale où  je viens de présenter mes lettres de créances. Il faut rappeler que nous avons de grandes possibilités de coopération avec ces pays. Et pour le Sénégal, 4 éditions de TAC ont déjà été tenues  et nous sommes donc sur l’organisation de la  5ème édition   qui doit se tenir au plus tard au cours  du  dernier trimestre de l’année 2019.

Mais avant cela, nous  avons aussi le grand projet de  journées commerciales et économiques du Burkina au Sénégal.  Depuis l’année passée, j’y veille et le gouvernement Burkinabè s’y met pour la réussite   de  ces journées. Elles doivent se tenir du 8 au 14 juillet 2019 avec la présence du premier ministre burkinabè,  des hommes d’affaires,  d’entrepreneurs  et de  commerçants de notre pays. J’ai aussi  échangé avec le  président de la chambre de commerce, Mahamady Kadhafi Sawadogo  qui  a souscrit à l’idée. Il a déjà  effectué le déplacement à Dakar pour un  travail de consolidation de cette  initiative.

Nous avons mis un accent particulier sur le volet économique dans notre mission a Dakar car la diplomatie aussi doit revêtir son caractère économique, offrir beaucoup de débouchées économiques au  pays, surtout que le notre est enclavé. Dakar est la première cote  africaine où les bateaux accostent normalement avant de se diriger vers d’autres ports. Nous avons donc joué sur cet avantage afin de faire une meilleure promotion de l’économie Burkinabè. Je vous informe que depuis 2007, l’espace portuaire mis à la disposition du  Burkina par ce pays est resté en sommeil et je travaille  pour que cette opportunité, cette plateforme soit utilisée pour l’import-export de notre  pays. On a beau parler d’amitié entre les peuples, la fraternité, cela  devient presque des  phraséologies creuses tant qu’on ne met pas un contenu  pour faire   rayonner l’économie intégrée dans l’espace ouest africain. Le président de la chambre de commerce, Mahamady Sawadogo  a donné des instructions et les lignes bougent déjà pour la viabilisation de cet espace.  

Faso-nord.info : Excellence, vous avez initié des journées culturelles du Burkina Faso à Dakar, parlez nous de cette initiative.

JO : Avec l’appui de la communauté burkinabè, qui est bien organisée,  nous avons tenu cette journée culturelle qui a connu un franc succès. Je l’ai initiée  parce que nous avons une diaspora à caractère élitiste, plus de 16 associations de burkinabés résident  dans ce pays,  mais  sont très  cloisonnées.  C’est dans le souci de créer plus de cohésion que ces journées ont été tenues. Il y a aussi le souci  de  la promotion de la culture Burkinabè à l’extérieur.  Ce fut un succès avec l’appui d’autorités sénégalaises, qui  ont apporté d’importants soutiens  comme des plateaux, la chorale nationale et le balai national. Il y a des particuliers  comme l’artiste Youssouf N’Dour, DJ AWADI (qui se dit le premier des burkinabè au Sénégal), et bien d’autres appuis. J’ai été très sensible aux actions du ministère de la culture et celui des affaires étrangères. Nous avons mobilisé des milliers de personnes à ces journées.

 Cerise sur le gâteau, le chef de l’Etat Rock Marc  Christian Kaboré est  arrivé à Dakar le 31 mars et  quand  nous avons voulu célébrer la  fête du  8 mars en différé ,  il a tenu a  être présent à cette soirée. C’est une présence qui a beaucoup réconforté nos  compatriotes à Dakar. Ils  se sont sentis très honorés. Le président m’a demandé à ce que cette initiative  soit institutionnalisée, mais je lui ai souligné que ces journées coûtent très chères. Pour cette année, je n’ai eu d’autres soutiens de mon pays que l’effort fait par le ministère qui nous a envoyé  deux artistes, Amity Méria et le duo Souké et Siriki. Le reste, c’est sur nos propres  initiatives que l’événement culturel a pu se tenir.  C’est déjà un bon pas et au regard  des moyens limités de notre pays , il nous faut  trouver d’autres partenariats si  nous voulons tenir chaque année ces journées culturelles à Dakar.

Faso-nord-info : Un grand nombre de burkinabés souffrent pour circuler librement en république du Sénégal. Qu’en est-il exactement ?

JO : Vous savez, nos compatriotes sont très mobiles, surtout les jeunes qui sont confrontés aux problèmes de documents. Il nous  faut intensifier les sensibilisations et les informations pour que nos compatriotes voient la nécessité  de s’octroyer les documents. Il y  a aussi le coût du déplacement qui se pose , constituant  un vrai handicap. Par exemple, pour se déplacer de  Tambakounda à Dakar, vous n’avez pas moins de 700 kilomètres à parcourir.

Ce n’est pas facile de venir à Dakar passer  son séjour et établir la carte consulaire qui coûte  3000 F CFA. Nous comptons faire des missions spéciales pour la délivrance des cartes consulaires. Il y  a le vote de la diaspora qui est ouverte et des missions viendront  pour délivrer les documents (CNIB) . Cette arrivée  à Dakar est fixée en octobre 2019. Pour le passeport aussi,  son coût   n’est pas à la portée de tous. Nous savons que dans beaucoup de pays, nos compatriotes ont ces problèmes et à Dakar nous ne dormons pas. Nous multiplions les  initiatives afin de faciliter l’obtention de ces documents pour une libre circulation.     

Faso-nord.info : Certains compatriotes avouent que même avec les documents à jour, ils sont victimes de tracasseries. Est-ce vrai ?  

JO : Oui, c’est une  triste réalité vécue pas nos compatriotes, malgré qu’ils ont  leurs documents sont  victimes  de tracasseries policières. Et à chaque fois, nous dénonçons ces pratiques qui ne favorisent  pas la cohésion au sein de notre espace CEDEAO où les gens sont sensés circuler librement. Chez nous au Burkina, les ressortissants des autres pays  circulent librement. Il faut de la réciprocité. il faut que notre exemple inspire les autres pays. Nous faisons donc le plaidoyer pour  que cette règle dans l’espace CEDEAO  soit une réalité.

Faso-nord.info : Un dialogue politique est engagé par le chef de l’Etat. Quel peut être son enjeu ?

JO : C’est une bonne chose de voir cet élan du chef de l’Etat d’unir les fils de ce pays autour d’un idéal commun.  C’est une volonté d’arriver à la réconciliation au Burkina qui est affichée. Nous n’avons pas de problème de cohabitation au Burkina mais c’est l’actualité politique ces dernières années qui a exacerbé les tensions,  ce qui nous a conduit à l’insurrection populaire. Il y a beaucoup de problèmes avec les victimes de cette insurrection qui  ne cessent de  réclamer   justice.  Cette  œuvre de justice qui est imparable. Il faut développer un vrai dialogue politique pour le bien du pays.  Si vous suivez  les joutes oratoires  de la campagne politique au Sénégal, parfois on a l’impression qu’ils vont se boxer. Mais,  je vous assure que quand il s’agit de l’intérêt supérieur de la nation, tout un chacun  dépose ses valises partisanes de coté pour œuvrer pour  l’intérêt supérieur du pays.

Les sénégalais ne s’amusent pas à ce niveau. Vous avez appris l’appel de l’ancien président Wade , mais est-ce que ça a été suivi ? Non. C’est pour dire que lorsque le politique joue avec la stabilité du pays, les populations s’en démarquent.  C’est pour dire qu’au Faso aussi, surtout les acteurs  politiques doivent comprendre cet élan patriotique qu’il faut mettre au devant des choses  Pour notre cas, il faut que les gens acceptent leur histoire. Quand on se trompe à un moment donné, il faut l’accepter  et travailler pour la cohésion et le pardon. Nous devons éviter les  attitudes véhiculant  l’arrogance et la provocation. Et j’en appelle à  tous les fils et filles  à ce que nous œuvrons ensemble pour la stabilité du pays  pour permettre  la poursuite normale et libre  du  jeu démocratique. Il faut qu’on travaille à léguer une patrie digne de ce nom à la génération future. Il y a la question de la  sécurité qui est là et nous devons travailler à la consolider  car les hommes passent, mais le pays reste.  

Faso-nord.info : Quel message vous avez à l’endroit de vos frères du Yatenga?

Nous saluons les populations du Yatenga pour leur dynamisme et leur ardeur au travail malgré les diverses contraintes. La jeunesse du nord abat un effort appréciable  dans plusieurs secteurs de développement. Je profite donc les encourager. J’invite la   jeunesse de la région du Nord  à cesser les querelles égoïstes pour travailler au profit de la région. La province du Yatenga  par exemple  a besoin d’être vitalisée et c’est  la jeunesse, les sages, les  coutumiers et autres leaders qui  doivent travailler dans se sens.  Nous avons d’énormes potentialités et il faut savoir orienter  les  fils et filles  à venir investir chez eux aussi. C’est à notre classe de dynamiser ces concertations à l’endroit de tous pour qu’ils viennent bâtir chez eux.

 

Faso-nord.info                                                

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