Site d’or de Kouri à Ouahigouya : Des prostituées déshabillées et bastonnées

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Si le site d’or de Kouri à Ouahigouya implanté en mi-mai 2018 a attiré de nombreux orpailleurs, les vendeuses de charme  ne se sont pas fait prier pour rejoindre les lieux. Comme qui dirait, là où il y a l’or, le sexe n’est pas loin. Malheureusement le 21 juin, une accusation de vol a sérieusement  effritée  la cohabitation entre les donneuses de plaisir et leurs  clients. Les prostituées ont payé lourdement les frais : bastonnade, destruction  de huttes, pillage de biens.  

Installées dans des huttes de fortune au coté Est du site, les vendeuses de charme venues de toutes les localités du pays et de pays voisins ont envahi le village de Kouri pour pratiquer le métier qu’on qualifie de plus « vieux du monde ». Entre le métier de l’orpaillage et la prostitution,  il y a comme  une complicité tacite,  l’un attire l’autre. Après un travail harassant dans un trou, certains orpailleurs se font le plaisir de   diminuer leur   stress sous un pagne. Les adeptes du mysticisme ne manquent pas de chanter à qui veut  les entendre que l’or et  le sexe font bon ménage. Comme dans  tout regroupement, il y a des moments où le climat est  tendu entre les acteurs.

Ces accusations de vols qui provoquent ces crises entre clients et vendeuses de charmes

Et c’est ce qui s’est  passé entre les prostituées et les orpailleurs sur le site d’or de Kouri. Un tour pour un  jeu de » jambes en l’air’ entre un jeune orpailleur et une prostituée ce  21 juin 2018 a mal tourné. Après le passage sur  le lieu pour assouvir sa libido , la vendeuse de charme sortira crier sur tous les toits que son client lui a subtilisé ses économies d’une valeur de 30 0000 F CFA. Elle a  entrepris la recherche de son voleur qui, a été retrouvé le lendemain dans la soirée.  Mobilisés au quartier des conseillers et CVD du village,  les forces de sécurité ont fait une descente qui a abouti à l’arrestation de l’orpailleur et son camarade. Il n’en fallait pas plus  pour que les autres chercheurs du métal se coalisent après le départ de la sécurité   pour en découdre avec l’ensemble des prostituées.  Estimant que cette histoire est un coup monté,  cousue  de fils blancs, ils ont pris la défense de leurs camarades en bastonnant et détruisant les huttes des donneuses de plaisir.

Difficile de fixer un  tarif minimal pour une  passe sur le site 

Ces dernières ont été obligées de prendre leur jambe au coup, pour se sauver de cette punition collective de leurs clients. Sévèrement molestée par les justiciers du jour, Racole   n’oubliera pas de  si tôt cette journée. « J’ai eu la vie sauve grâce aux conseillers du village. Ma maison a été brulée avec mes vêtements et  même ma pièce d’identité » raconte-t-elle, la voix nouée de chagrin. S’elle juge  la punition  des orpailleurs excessive, elle ne semble cependant pas convaincu de la véracité de cette histoire de vol chez son collègue.  » C’est  une de nos ainées dans le métier, une  étrangère, je me demande comment elle a pu garder une telle somme sur elle en ces lieux où l’insécurité est prégnante  » marmonne Racole.  Assise à coté, sa camarade s’affiche comme une « machine à parler».  Pendant qu’elle cherche à mettre sa provision de préservatifs hors de notre vue, elle nous ferra comprendre  que l’entente est loin d’être la chose la mieux partagée entre les adeptes du vieux métier sur le site. Alors que son groupe prêchait  pour une fixation du tarif de la « Passe » à 2 000 F CFA , les autres groupes argumentant que beaucoup d’orpailleurs n’ont pas  encore fait fortune  cèdent leur corps  parfois à 1000 FCFA voir moins que ça . Elle indexe la difficile cohabitation entre  les nationaux et les autres nationalités , comme source de la non rentabilisation de la prostitution.

 

Il y a des brebis galeuses  qui ternissent notre image

Une autre, cachant sa vieillesse dans un habillement taillé à sa forme , une perruque resplendissante sur la tête, son enfant d’à peine 3 ans en main dit regretter le comportement de leurs camarades qui sont à l’origine de cet incident entre les deux  corporations. Elle avoue être septique sur cette histoire de vol des 30 0000 F CFA , parce que généralement pour éviter d’être spoliée , elles gardent les fruits de leur labeur sur un compte artel -money . » Parmi nous, il y a des brebis galeuses qui ternissent notre image et   nous rendent la vie difficile » soupire-t-elle.   Fermeture du site du 30 juin au 31 septembre comme le recommande la loi  ou pas , à cause de l’incident, le site d’or de Kouri n’emballe plus nos interlocutrices. Elles craignent pour leur sécurité .  Venue du site d’or de Bouda  dans la province du Passoré ,  c’est là- bas que Racole  est repartie  après l’effritement des relations avec les orpailleurs de Kouri . Elle dit profiter de ce  temps d’accalmie pour venir ramasser le peu de bagages qui lui reste après la chasse aux prostituées. Au moment de nos échanges, sa camarade aussi préparait son sac lorsque le soleil s’apprêtait à éteindre ses lampions.

Personnellement, même devant 50 000 F, sans capote, je n’accepte jamais car le risque est imminent »

Leur destination, un maquis de fortune situé au cœur du site où  elles seront en partenariat  avec le gérant. Sans gène, elles nous confient  qu’après  « une passe », elles doivent verser la somme de 1 000 F CFA aux  propriétaires   des lieux.  Là-bas , elles seront  sous ordre et sous contrôle  moyennant le   partage de  leur butin .  Mais , le site d’or manquant de sécurité et mal organisé , elles préfèrent s’adosser à quelqu’un  pour  « travailler » en sécurité .  A propos des risques liées aux maladies en cas de non protection pendant les rapports sexuels , notre interlocutrice après un  petit silence, le regard baissé nous rétorque avec une voix à peine audible   « Je ne peux pas savoir si certains de mes camarades résistent face aux propositions de grosses sommes pour des rapports   sans préservatif. Personnellement, même devant 50 000 F, sans capote, je n’accepte jamais car le risque de contacter la  maladie (Ndlr :VIH SIDA)  est grand ». 

Se déplaçant habituellement en groupe de  deux ou plus, le style vestimentaire très moulant, téléphones derniers cris en mains,  le chemin-gomme régulièrement dans la bouche, certaines la peau badigeonnée en insigne de scorpion ou de serpent,  ces donneuses de plaisir se font facilement identifier    sur le site. A  18 heures  ce samedi 24 juin 2018  quand  nous quittions ces lieux, un nouvel arrivage de vendeuses de charme  se signalait  .   Environ une dizaine  à bord d’un tricycle, d’autres avec leurs propres montures de la dernière génération.

Faso-nord.info                            

 

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