Situation du CHUR de Ouahigouya : L’insouciance des leaders politiques et de la société civile ?

Pannes d’appareils biomédicaux plusieurs mois durant, fréquentes coupures d’eau et d’électricité, départ des vigiles chargés de la sécurité, le centre hospitalier universitaire régional de Ouahigouya broie du noir ces derniers temps. Interpellés à plusieurs reprises par la sous-section du syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale et la presse, l’administration de l’hôpital et son conseil d’administration restent de marbre. Encore frustrant, le silence des leaders politiques et de la société civile, eux qui se prévalent de défendre les intérêts des populations.

Le SG du SYNTHSA CHUR

La dernière déclaration de la sous-section du Syndicat national des Travailleurs de la Santé humaine et Animale (SYNTSHA) du centre hospitalier universitaire de Ouahigouya en date du 28 avril 2020 vient corroborer les nombreuses plaintes des usagers contre cette structure hospitalière, liées aux difficultés dans la prise en charge. «  Les équipements biomédicaux sont pour la majorité en panne depuis des mois, comme exemples la table télécommandée du service d’imagerie médicale depuis près de 08 mois, l’échographieprès d’une année. Depuis 02 mois, le service d’imagerie médical ne peut plus faire le moindre examen mettant les malades surtout hospitalisés dans un calvaire indescriptible car obligés de se déplacer vers les cliniques privées de la place à l’aide des taxis-motos avec des risques d’aggravation des lésions » dépeint la sous-section du CHUR dans sa déclaration . Autre service où les problèmes sont criards et relevés par la sous-section syndicale, il y a le laboratoire marqué par des pannes d’appareils, des ruptures de réactifs et consommables, d’où l’impossibilité de réaliser certains examens élémentaires comme par exemple la numérisation formule sanguine (Glycémie, créatinémie, azotémie). Des services comme , l’odontostomatologie, le bloc opératoire , la buanderie et hygiénique connaissent des difficultés,

Coupures récurrentes d’eau et d’électricité

Si l’on ajoute à tous ces maux, les coupures récurrentes d’eau et les pannes d’électricités, vous vous convaincrez que cet endroit n’est pas propice pour accueillir une personne en bonne santé encore moins celle qui ne jouit  pas de toutes ses forces. Ces problèmes ne sont pas nouveaux, car dans ces déclarations de 2019 et même des années antérieures, la sous-section du SYNTSHA n’a cessé de les énumérer. Le départ des vigiles rien que le 1er mai 2020 pour cause d’arriérés de salaire vient plonger cette structure sanitaire dite de référence dans un véritable gouffre. Défaillante et manquant de sécurité, aller se soigner en cet endroit s’apparente à prendre rendez-vous avec la mort. Si le secrétaire général de la sous-section syndicale pèse ces mots pour qualifier la situation de catastrophique, d’autres agents de santé et des observateurs plus acerbes crachent sans la moindre retenue que cette structure sanitaire est un mouroir.

Se faire évacuer ou mourir

Pour des cas d’urgences demandant une prise en charge rapide où une intervention chirurgicale instantanée, le patient qui a longue vie, est celui que les soignants se seraient précipités pour évacuer dans une autre structure sanitaire qui ne peut être qu’à la capitale. En ce temps de covid-19, certains accompagnateurs de malades manquent de mots pour relater la galère vécue suite aux évacuations. A plusieurs reprises dans les hôpitaux à Ouagadogou, ils se voient jeter à la figure qu’il n’y a pas de places pour recevoir un patient. Il y a eu des moments ou des ambulanciers se sont retrouvés dans des situations embarrassantes faisant la ronde à Ouagadougou avec des malades qu’on a refusé d’accueillir. Les malades toujours sur pieds et pouvant se débrouiller qui se rendent au CHUR n’ont d’autres choix, que de repartir vers des cliniques privées ou à défaut multiplier les vas-et viens entre ces endroits et le CHUR pour honorer les examens exigés afin que les médecins traitants puissent déterminer les causes des maux avant d’administrer les soins. Il suffit de faire un tour dans les structures de soins privés pour prendre la mesure du calvaire que les malades vivent dans la capitale de la région du Nord.

À qui la faute ?

Insouciance, négligence, irresponsabilité, qu’est-ce qui pourrait expliquer cet attentisme face à ces dysfonctionnements des services du CHUR ? Bien malin qui saurait répondre. Les responsables de l’administration hospitalière se complaisent dans un silence total qui s’apparente à un mépris. Les règles d’usage des services de l’administration publique et du parapublic commandent qu’en cas de problèmes, les usagers en soient informés sur les tenants et les aboutissants. Cette quête d’une structure hospitalière réellement au service des citoyens ne semble pas être la tasse de thé de l’administration du CHUR de Ouahigouya. La sous-section du SYNTSHA se montre-t-elle sévère en tirant à boulet rouge sur le management du directeur général qu’elle juge inapproprié ? Assurément non ! Trop c’est trop. Un responsable, un dirigeant digne de ce nom, est celui qui sait anticiper, faire des propositions, trouver des solutions à des problèmes qui se présentent. Et quand on se retrouve à être à la tête d’une structure aussi sensible comme un hôpital, c’est dire qu’on se doit d’être plus perspicace.

Impliquer  l’ensemble des partenaires sociaux

Les défenseurs de meilleurs conditions de travail dans cette structure sanitaire sont bien dans leurs rôles car, lorsque le premier responsable se montre perspicace dans la prise de mesures coercitives et reste muet quand les outils de travail sont défaillants, on ne peut que l’en vouloir. Des problèmes comme ceux que traverse le CHUR de Ouahigouya méritent que l’ensemble des partenaires sociaux s’asseyent sur la même table pour sauver l’essentiel. S’emmurer dans son univers douillet avec une propension de balayer les réalités d’un revers de la main, c’est enfoncer la structure dans le gouffre et un tel comportement ne saurait être tolérable.

Et la responsabilité du conseil d’administration dans tout ça ?

Un fait irritant, c’est quand le conseil d’administration, la structure qui oriente, encadre, valide le programme de gestion de l’hôpital soit au parfum de toutes les difficultés que rencontrent l’hôpital, sans pouvoir faire bouger les lignes. Tout aussi paradoxal, le directeur régional de la santé au Nord président du conseil d’administration du CHUR,vice-président du comité régional de lutte contre les maladies à épidémies et le DG du centre hospitalier universitaire régional, tous deux cheville ouvrière de la rédaction du plan régional de riposte contre le covid 19 au Nord se payent le luxe d’inscrire une prévision d’achat de 8 véhicules budgétisés à environ 192 millions dans le cadre de la lutte contre le covid 19, tout en ignorant royalement l’équipement de l’imagerie médicale et du laboratoire. Quand on sait que le CHUR est au cœur de la prise en charge de cette maladie, on comprend difficilement la logique de ces hauts responsables de la santé.

Des leaders politiques indifférents

La gestion de l’hygiène se pose problème

Autant il faut dénoncer l’inaction du conseil d’administration et de l’administration hospitalière, autant il faut dénoncer l’indifférence des leaders politiques de la région du Nord et des autorités gouvernementales face à cette situation de l’hôpital. Dans son programme politique, le candidat Roch Marc Christian Kaboré, vainqueur des élections, il est écrit ceci «  Pour que l’état de santé des Burkinabè soit compatible avec le développement d’un capital humain productif, mon programme à l’horizon 2020 vise le renforcement de l’offre de services de qualité, des actions en faveur de la promotion de la santé l’utilisation des résultats de recherche. »Ou alors le vainqueur des élections, garant de la sécurité et du bien-être de la population n’a pas donné les moyens pour la mise en œuvre de son programme dans le secteur de la santé, ou bien ceux chargés de la mise en œuvre ne sont pas à la hauteur et il faut tirer les conséquences. Ceux-là qui ont été les porteurs du programme présidentiel dans la région du Nord devraient de temps en temps y jeter un coup d’œil pour voir la réalité de cet hôpital et aider à la recherche des solutions. On n’a comme l’impression que les leaders politiques se soucient peu du sort de cette structure sanitaire régionale de référence, ou bien ils ne sont pas informés des réalités. Pour preuve, en début d’année, certains leaders ont décliné certaines activités du programme présidentiel prévues pour être exécutées dans la région du Nord en 2020, mais en aucune occasion, ils n’ont pipé mot sur la situation du CHUR de Ouahigouya.

La santé de la population, une priorité première

La santé de la population, le droit à la vie est la priorité de tous et c’est pourquoi les leaders politiques qui promettent monts et merveilles aux populations doivent faire de leur santé une priorité. Il est vrai que l’annonce dans le programme présidentiel de transformer le centre hospitalier régional de Ouahigouya en centre hospitalier universitaire est effective depuis fin 2015. Il est aussi vrai la gratuité des soins des enfants de 0 à 5 ans et des femmes enceintes, promesse phare du président actuel est actée depuis longtemps, mais comment jouir des retombées de ces mesures quand les services où généralement les prestations sont les plus coûteuses sont en pannes ? Il faut véritablement se convaincre que cette histoire de gratuité de soins est un leurre, sinon un marché de dupes au CHUR de Ouahigouya. Pour une structure sanitaire qui fonctionne grâce à une partie de ces recettes, on comprend difficilement qu’elle fasse preuve d’un tel attentisme quand ses services où elle engrange une bonne partie de ces recettes peine à fonctionner pendant une longue période.

Une société civile aphone ?

Il y va aussi de la responsabilité de cette société civile qui se prétend être le défenseur des intérêts de la population. Pour le cas des problèmes du CHUR de Ouahigouya, la voix de la société civile de la région du Nord est inaudible sinon existante. Cette société civile qui prétend être la voix des sans voix, ne devrait pas rester bouche bée face à cette incapacité de son CHUR à prendre correctement en charge les malades. Accompagnement et participation oui, mais la société civile ne doit aucunement oublier sa noble mission d’interpellation et de veille citoyenne. Il y a de cela deux ans, faut-il le rappeler, des organisations de la société civile ont lancé ce qu’elles avaient dénommée « Opération sauvons le CHUR » qui a permis la mobilisation d’une somme d’environ 8 millions pour l’achat d’un certain nombre de matériels. Une action qui s’apparente à un coup d’épée dans l’eau au regard des difficultés dans lesquelles que cette structure sanitaire de référence est plongée de nos jours. C’est dire que la veille et l’interpellation ne sont pas de trop pour amener l’administration de l’hôpital et les gouvernants à assumer leurs missions.

Faire le dos rond pour des intérêts personnels

Peut-être que certains responsables surtout de nos hôpitaux font le dos rond face à certaines critiques pour protéger des intérêts personnels ou pour récolter des retombées liées aux passations des marchés où aux multiples missions, sinon aux avantages liés à leurs responsabilités, alors que les vrais coupables de l’inefficacité des structures sanitaires sont tapis dans l’ombre. La principale cause des pannes des appareils biomédicaux, il est connu, et est liée à l’absence de la maintenance préventive. L’Etat avait confié cette tâche à une structure qui ne joue pas son rôle, la société de Gestion des Equipements et de la Maintenance (La SOGEMAB) pour ne pas la nommer. La commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale burkinabè en 2017 avait dénoncé avec des mots pas du tout tendre le comportement de cette société, indiquant clairement que son intervention sur les équipements biomédicaux (maintenance curative et préventive dans les CHU, CHR, CMA, sont en deçà des attentes des utilisateurs et des responsables des hôpitaux.

Pertinentes recommandations des élus du peuple

La commission a relevé que la maintenance se fait avec un grand retard handicapant les structures. Elle a fait une recommandation audacieuse en ces termes « Auditer la SOGEMAB, prononcer sa dissolution et créer au sein du ministère de la Santé, une direction générale chargée des équipements médico techniques et de la maintenance préventive des équipements». Se voulant précis dans son argumentaire, cette commission d’enquête parlementaire a demandé aux députés le principe de la dissolution de la SOGEMAB. Cette dissolution a-t-elle souligné permettra à l’Etat de lever un véritable goulot d’étranglement de notre système de santé et une meilleure orientation de la politique d’acquisition et de maintenance des équipements biomédicaux. Le ministère de la santé tarde à donner suite à ces recommandations. Du coup, dans les hôpitaux on a du mal à trouver des solutions palliatives efficaces pour juguler les pannes récurrentes des appareils.

Déblocage tardif de la subvention

Quand ce même Etat attend vers la fin de l’année pour débloquer sa subvention au profit des structures sanitaires, l’on comprend toutes les peines que les administrations hospitalières éprouvent pour faire face aux dépenses urgentes. Concernant le cas de la région du Nord dont la structure sanitaire a été transformée en centre hospitalier universitaire de référence en fin 2015, une somme de 3 milliards avait été annoncée pour un accompagnement progressif de son changement de statut. Courant novembre 2019, il se susurre que la mise en œuvre de cette transformation est assurée par un service rattaché au ministère de la santé et que sur une somme de 1, 5 milliards débloquée,700 millions ont servi à la réalisation d’études architecturales. Les principes de transparence et de redevabilité, commandent que les responsables de ce service rendent compte de leur gestion. Dans ce Burkina post-insurrection où la mauvaise gouvernance a la peau dure, ce service devrait montrer patte blanche en communiquant sur ses activités.

Le gouverneur et le conseil régional interpellés

Leaders politiques , OSC du Nord , autorités régionales

C’est inacceptable comme le souligne le SG de la section SYNTSHA, que cette structure hospitalière qualifiée de référence il y a 3 ans, se retrouve en deçà de sa capacité quand elle n’avait pas revêtu son statut d’universitaire. La situation du CHUR de Ouahigouya mérite bien une journée de réflexion avec l’ensemble des forces de la région du Nord. Et le conseil régional du Nord à qui il est accordé la gestion du patrimoine de cette structure dans le cadre de la décentralisation devrait porter dans l’urgence l’organisation de cette journée. Premier représentant de l’Etat qu’il est dans la région du Nord, le gouverneur gagnerait à s’impliquer à bras le corps dans la recherche de solutions aux dysfonctionnements du CHUR. Son prédécesseur en 2015 avait fait montre d’entregent quand cette structure était confrontée à de telles difficultés. Il appartient aussi aux citoyens lambda que nous sommes, manquant de privilèges pour nous faire évacuer en cas de maladie dans les pays arabes ou à l’hexagone de nous organiser pour exiger un meilleur fonctionnement de cette boite devant nous donner la chance de survivre en cas de maladie. Comme qui dirait, le droit le plus primordial c’est le droit à la vie et il faut le défendre à tout prix.

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